‹ Le réalisme du romantismeChapitre 205 sur 211 · Ibid., ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., ibid., p

de théâtre, le critique, élaborent des faits que la réalité leur a fournis, des matériaux qu'ils ont dû rassembler; et ces documents originels sont, dans leur œuvre, un fonds « scientifique ».

Pourtant l'art, à le considérer en soi, n'a rien de commun avec la science. Quand l'artiste recherche des documents, ce n'est là pour lui qu'une préparation de son œuvre, qu'une étude préalable et préliminaire, et, déjà, sa sensibilité individuelle se les approprie, se les assimile. Le savant consigne purement et simplement ses observations, en tire tout au plus une loi abstraite; l'artiste modifie les siennes, il leur donne une forme vivante.

Quel est donc le trait essentiel par où diffèrent l'œuvre artistique et l'œuvre scientifique?

Assignerons-nous à chacune des deux son domaine spécial, le beau à la première, le vrai à la seconde? Cette distinction procède d'une analyse superficielle. Le vrai et le beau ont la même essence; Boileau dit : « Rien n'est beau que le vrai ' », et Alfred de Musset « : Rien n'est vrai que le beau2 ». Du moins ni l'œuvre scientifique n'exclut le beau, ni l'œuvre artistique le vrai L'œuvre scientifique n'exclut pas le beau : il y en a dans la précision et dans la rectitude, qualités éminemment scientifiques; si je ne sais quel philosophe grec en trouvait dans une rangée de marmites ou de chaussures, à plus forte raison y en a-t-il dans une classification bien ordonnée, dans une théorie exactement déduite. Mais, d'autre part et surtout, l'œuvre artistique doit être vraie. Quelque talent

Page 1