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Philosophie de l'Art

LE ROMANTISME DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XIXe S. 305

guré le réalisme sur la scène, prit contre les naturalistes la défense des conventions théâtrales, ni de Gustave Flaubert, qui, de quelque façon qu'on le juge, resta toujours un romantique impénitent. Parlons de Maupassant et de Zola, de Maupassant, le plus réaliste entre nos romanciers, de Zola, romantique par son art, mais docteur attitré du naturalisme.

Guy de Maupassant a exprimé ses idées esthétiques dans la préface de Pierre et Jean. Selon lui, le romancier réaliste ne doit pas seulement « éliminer, parmi les menus événements innombrables et quotidiens, tous ceux qui sont inutiles, et mettre en lumière d'une façon spéciale tous ceux qui donnent au livre sa portée. » Il doit aussi « corriger ces événements au profit de la vraisemblance et au détriment de la vérité » pour nous donner une vision des choses « plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même ». Et Maupassant appelle « le Réaliste de talent » un « Illusionniste ». Jamais les romantiques n'avaient marqué en termes si décisifs l'opposition de l'art et delà nature.

Quant à Zola, sa doctrine, nous allons le voir, admet et justifie ce que son œuvre peut contenir de plus romantique.

Tout livre, a-t-il souvent répété, est « un coin de la nature vu à travers un tempérament ». La première fois qu'il définit ainsi l'œuvre littéraire ', c'est en se défendant d'avoir inventé une nouvelle esthétique. Aussi entend-il par là que les écrivains imitèrent toujours la nature. Et pareillement il rap-

1. Dans le Roman expérimental, article sur le Naturalisme au Théâtre, p. 111.

pelle cette définition dans un article ultérieur afin d'établir que « la nature est la seule base possible ». Car, ajoute-t-il, « les écrivains n'ayant pas les certitudes des mathématiciens », elle sert de « commune mesure ». Mais, là-dessus, voici que lui-même se fait une objection. Comparer les œuvres d'art à la nature, c'est seulement en reconnaître « le point de départ ». A-t-on jamais prétendu que l'artiste doive la copier, la décalquer? Celui qui prendrait la ressemblance avec la nature pour critérium dans l'appréciation des œuvres « en serait conduit à exiger des photographies ». Or, « le plus bel ouvrage » n'est point « le plus exact ». Et donc, « il faut introduire l'élément humain, qui élargit tout d'un coup le problème et en rend les solutions aussi variables, aussi multiples qu'il y a de crânes différents dans l'humanité1 ». Voilà la part du moi, sans laquelle il n'y a pas d'œuvre d'art. Ce que l'auteur des Rougon-Macquart appelle la nature vue à travers un tempérament, c'est la nature altérée par l'artiste.

Son manifeste sur le Roman expérimental précise la même idée. Il y explique, il y justifie l'intervention du moi, de la faculté créatrice, du génie, et leur accorde une importance prédominante en vertu des expériences qui, selon lui, complètent les observations.

Et certes le terme est impropre : en faisant passer le baron Hulot d'un milieu dans un autre afin de montrer comment des milieux divers modifient sa passion, Balzac, dont Zola cite l'exemple, n'institue point une expérience. Entre le savant et le roman-

1. Documents littéraires, Sur la Réception d'Alexandre Dumas à l'Académie française, p. 263, 264.

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cier, il n'y a que des analogies toutes spécieuses. Le savant expose telle ou telle substance à l'action d'une force qui la modifie, et, dès le moment où cette force modifie cette substance, son rôle devient celui d'un observateur. Le romancier, qui ne saurait placer réellement des personnages dans certaines conditions de manière que sa prétendue expérience fût, comme l'expérience véritable du savant, une observation provoquée, substitue à la nature des hypothèses gratuites, sans contrôle possible, et opère en pleine fiction. Mais, quelque erreur de mot que commette Zola, ce que nous remarquons ici, c'est qu'il rétablit dans*l'ceuvre d'art la personnalité de l'écrivain, à laquelle l'office pur et simple d'observateur ne permettrait qu'un rôle passif. Car, écrit-il, « l'idée d'une expérience entraîne avec elle l'idée d'une modification » ; et, rappelant le mot de Claude Bernard, que « l'apparition de l'idée expérimentale est toute spontanée, sa valeur tout individuelle », il s'en prévaut pour montrer comme quoi la doctrine naturaliste concède leur juste part aux facultés inventives1.

D'après Zola, le romancier doit avoir deux qualités dominantes : le sens du réel et l'expression personnelle. Or, prenons-y garde, la première de ces deux qualités ne peut se concilier avec la seconde que du moment où le réel subit des modifications qui décèlent le moi de l'artiste. Quand l'artiste modifie la nature en l'exprimant, ne l'a-t-il pas, en la percevant, déjà modifiée? Et peu importerait encore qu'il l'eût exactement perçue, s'il en donnait une expression inexacte. Au surplus,

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