‹ Le réalisme du romantismeChapitre 209 sur 211 · Cf. le Roman expérimental, p · texte numérisé non relu

Cf. le Roman expérimental, p

Zola lui-même nous montre par l'exemple d'Alphonse Daudet ce qu'est l'expression personnelle. « Daudet ne fait plus qu'un, avec son œuvre, il s'absorbe en elle et la revit pour son compte. Quels sont les détails absolument vrais, quels sont les détails inventés? Il serait très difficile de le dire. » Et certes « la réalité a été le point de départ ». Mais cette réalité, le romancier « Ta continuée ensuite », « il a étendu la scène dans le même sens », il « lui a donné une vie spéciale, et qui lui est propre, à lui, Alphonse Daudet ». Ainsi, ce dont loue Daudet le chef de l'école naturaliste, c'est justement d'altérer les objets de son imitation en leur prêtant sa propre âme, sa propre vie; et ne voilà-t-il pas quelque chose d'essentiellement romantique1?

Pour marquer la différence capitale entre l'œuvre de l'artiste et l'œuvre du savant, Claude Bernard, le maître de Zola, définissait l'artiste comme réalisant une idée ou un sentiment personnel. Et Zola repousse sans doute cette définition. « Alors, dans le cas où je représenterais un homme qui marcherait la tête en bas, j'aurais fait une œuvre d'art? Je serais un fou, pas davantage2. » Est-ce donc à dire que Claude Bernard réduisait l'art aux aberrations de la personnalité? N'y a-t-il point entre les hommes raisonnables une ressemblance générale, une certaine communauté de sentiments et d'idées qui exclut de telles folies? Zola feint ici de ne pas entendre ce que veut dire Claude Bernard. Mais ailleurs, dans un article déjà cité des Documents littéraires, où il nous livre, en dehors de tout système,

1. Cf. les deux articles sur le Sens du réel et l'Expression personnelle, publiés dans le Roman expérimental, p. 205 et suiv.

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