Discours sur l'Ode
2. Quelques années après, Mme Dacier s'élève contre Pope, qui a comparé VIliade à un « jardin brut ». « C'est, dit-elle, le jardin le plus régulier et le plus symétrisé qu'il y ait jamais eu. M. Le Nôtre, qui était le premier homme du monde dans son art, n'a jamais observé dans ses jardins une symétrie plus parfaite que celle qu'Homère a observée dans sa poésie. »
3. Un poème excellent, où tout marche et se suit, N'est pas de ces travaux qu'un caprice conduit.
Il veui du temps, des soins ; et ce pénible ouvrage Jamais d'un écolier ne fut l'apprentissage.
(Chant III, v. 309 et suiv.)
préceptes excellents, mais bien rebattus, sa théorie de cet ouvrage pénible consiste en procédés factices, en véritables recettes.
Le classicisme a un tel culte de l'antiquité, qu'il impose à certains genres des sujets antiques.
Sans parler du Cid et de Don Sanclie, Corneille, dont les pièces sont presque toujours tirées de l'histoire romaine, en écrivit du moins qui représentent les barbares établis dans l'Empire. Mais, sous le régime proprement classique, la tragédie n'admet guère que des Grecs et des Latins1. Quand, après un bref historique de notre ancien théâtre, Boileau arrive à la Renaissance, il s'écrie :
On vit renaître Hector, Andromaque, Mon2;
D'après lui, le poème tragique doit nécessairement représenter les héros d'Homère et d'Euripide, et c'en est là le trait le plus essentiel.
De même pour l'épopée. Suivant Boileau, elle ne peut avoir d'autre matière que la « fable ».
Là, tous les noms heureux semblent nés pour les vers, Ulysse, Agamemnon, Oreste, Idoménée, Hélène, Ménélas, Paris, Hector, Enée3.
À Carel de Sainte-Garde, auteur des Sarrasins chassés, il reproche de n'avoir pas choisi son héros parmi ces Grecs dont les noms sont si harmonieux.
0 le plaisant projet d'un poète ignorant,
Qui, de tant de héros, va choisir Childebrand 4 !
1. Hors quelques rares exceptions, comme le Comte d'Essex par Thomas Corneille et surtout Bajazet. Ne citons pas d'Esther et i'Atkalie, qui sont à part.