Ibid., chant II, v
doivent donc apprendre nos poètes chez Virgile et Théocrite? Ils apprendront comment on peut
Au combat de la flûte animer deux bergers1,
OU
Changer Narcisse en fleur, couvrir Daphné d'écorce'2.
Quelques vers auparavant, Boileau se moquait des idylles « gothiques » où Ronsard substitue Pierrot et Toinon à Lycidas et à Philis ; substituant à Pierrot et à Toinon les Narcisse et les Daphné de l'églogue grecque, c'est lui qui méconnaît le véritable caractère du genre pastoral. Ici encore, les modèles antiques le détournent de la réalité, cachent à ses yeux cette nature sur laquelle il déclare fonder sa doctrine.
Et que dire du merveilleux mythologique? La Pléiade, quand elle l'avait introduit, voulait par là rehausser notre poésie et l'« illustrer ». Le merveilleux des anciens, nous le savons aujourd'hui, était leur religion même. Mais nos poètes du xvie siècle n'y voyaient que des fictions; aussi crurent-ils imiter ceux de la Grèce et de Rome en puisant à pleines mains dans un répertoire de métaphores banales; et aucune de leurs réformes ne réussit mieux.
Boileau l'a définitivement sanctionnée. Et nous ne lui reprocherons point de prescrire l'usage de la fable aux poètes épiques puisqu'il leur a prescrit des sujets tirés de l'antiquité; tout le premier, il désapprouve