Le Globe, 2 avril
dogmatisme classique, mais aussi parce qu'ils se font de l'art une conception semblable en son principe fondamental. Quelles sont ces affinités? quelles sont les tendances communes à tous les romantiques? Voilà ce qu'il faut marquer lorsqu'on veut définir le romantisme. Or la définition de Victor Hugo ne le marque point : elle exprime l'accord des novateurs pour libérer l'art; elle ne nous donne aucun renseignement sur leur esthétique propre ni sur le caractère de leur œuvre.
Une autre définition, et celle-ci beaucoup plus précise, semble de nos jours avoir prévalu. De quelque façon qu'on la formule, elle réduit le romantisme à une altération inconsciente ou systématique de l'objet.
Pendant la seconde moitié du xixe siècle, les réalistes, puis les naturalistes le combattirent au nom de la réalité et de la nature. Les naturalistes surtout ne voulurent y voir, révoltés contre son influence encore prépondérante, qu'une crise d'exaltation sentimentale, un accès de fièvre. Suivant Zola, leur chef et le théoricien de l'école, « la prétendue vérité du romantisme est une fantaisie lâchée dans l'outrance1 »; « il ne se base sur rien, sinon sur une maladie passagère2 », il procède de « détraquements cérébraux3 », d'« un coup de folie4 »; aussi n'écrira-t-on des œuvres saines qu'une fois débarbouillé de la « mixture romantique5 ».