‹ Le réalisme du romantismeChapitre 31 sur 211 · De la Tragédie · texte numérisé non relu

De la Tragédie

antérieur? Nous trouvons chez bien d'autres écrivains la trace de cette confusion. Nous la trouvons notamment chez Boileau. Quelle épithète choisit-il pour louer Racine dans l'épître qu'il lui adresse sur « l'utilité des ennemis »?

Ne crois pas toutefois, par tes savants ouvrages, Entraînant tous les cœurs gagner tous les suffrages ».

Et, après avoir protesté, à la fin de la même épître, que les seuls suffrages dont un écrivain doive s'honorer sont ceux des Condé, des Vivonne, des La Rochefoucauld, il envoie la foule grossière « admirer le savoir de Pradon », comme si Pradon avait manqué de savoir et non de génie.

Quant à la vertu des règles, ce que Boileau ne dit pas explicitement, d'autres le disent, qui sont tout aussi classiques, Chapelain par exemple, le premier docteur du classicisme ; et Charles Perrault, un des esprits les plus ouverts et les plus indépendants du xviie siècle, pense là-dessus comme Chapelain.

On raille volontiers l'auteur de la Pucelle. Il fut pourtant notre meilleur critique avant Boileau, et Boileau lui-même, qui se moque de ses vers, l'estima toujours homme de grand sens. A vrai dire, Chapelain reconnaît, dans les Sentiments de F Académie sur le Cid, que les pièces irrégulières peuvent quelquefois réussir et les pièces régulières échouer. Mais il en accuse le méchant goût du « vulgaire », auquel il oppose celui des « doctes ». Et lisons la préface de son épopée. Après avoir confessé qu'il possède « bien peu des qualités requises chez un poète héroïque » : « J'ai apporté seulement à l'exécution de mon sujet, ajoute-t-il, une connaissance

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