Épltre VII, v
assez passable de ce qui y était nécessaire pour ne pas le faire irrégulier » ; et cette connaissance de la « théorie », il veut prouver, en écrivant la Pucelle, que, « sans avoir une trop grande élévation d'esprit », on peut « la mettre heureusement en pratique ». Ainsi Chapelain ne regarde point le génie comme indispensable, et il croit que l'observation des règles y supplée l.
De même Charles Perrault. Il s'élève, dans son poème sur le Siècle de Louis-le-Grand, contre ceux qui, par idolâtrie de l'antiquité, n'admettent pas qu'un ancien soit inférieur à un moderne. Mais, s'il déclare les modernes supérieurs aux anciens, quelle raison en donne-t-il? C'est que le savoir « a incessamment progressé » depuis Homère ou Sophocle, c'est que le xvne siècle possède plus de règles et des règles meilleures :
Tout art n'est composé que de secrets divers Qu'aux hommes curieux l'usage a découverts, Et cet utile amas des choses qu'où invente Sans cesse chaque jour ou s'épure ou s'augmente.
Pareillement, dans le quatrième des Parallèles, après avoir posé en principe que « deux choses, chez tout artisan, contribuent à la beauté de son œuvre », premièrement « la connaissance des règles de son art », secondement « la force de son génie », et que l'œuvre d'un écrivain plus savant et non moins bien doué ne peut donc manquer de
1. Scudéry, dans la préface d'Alaric, se déclare sur de faire un bon poème parce que l'étude de tous les « maîtres », Aristote, Horace, Scaliger, Riccobon, Paul Benni.Mambrun, et celle de tous les poètes épiques, Homère, Virgile, Lucain, Stace, Boiardo, l'Arioste, le Tasse, lui onl fourni des règles ■ infaillibles ».
« mieux valoir », il explique, comme dans son poème, la supériorité des modernes, non moins bien doués que les anciens, par la découverte de règles nouvelles. Les modernes, du moment où l'art est « un amas de préceptes », doivent sans conteste surpasser les Romains et les Grecs, qui « avaient un moins grand amas de préceptes pour se conduire ». Que ce respect des règles et cette croyance en leur vertu ne permettent pas à la littérature classique d'être une littérature naturaliste, c'est sur quoi l'on nous dispensera sans doute d'insister. Ainsi que les modèles, les règles s'interposent entre le poète et la nature. Il ne s'agit point, en effet, des principes de l'art, de principes « adéquats » à la nature même et qui ne font qu'un avec elle. Les « règles », celles qu'abolira le romantisme, étant conventionnelles et exclusives, ne laissent voir la nature au poète que d'un certain biais et sous certains aspects; elles la compassent et la tronquent.
Montrons maintenant dans la doctrine du xvne siècle quelque chose d'aussi peu naturaliste que la préoccupation des modèles et des règles : elle sépare, elle distingue strictement les divers genres; elle ne permet de l'un à l'autre aucune communication.
Sans rechercher leurs origines, sans expliquer leur raison d'être, la critique contemporaine les tient pour fixes, pour indépendants chacun dans son domaine propre, et s'efforce de marquer avec autant de rigueur que possible leurs bornes respectives. Ce sont là des sortes d'archétypes, antérieurs et supérieurs aux œuvres, existant par eux-mêmes
de toute éternité ; et comme, avant qu'il y eût des géomètres, la somme des trois angles d'un triangle égalait deux angles droits, de même, avant qu'il y eût des poètes, l'églogue, l'élégie, l'ode, la comédie et la tragédie étaient virtuellement constituées selon des règles immuables. Boileau admet treize genres dans son Art poétique, où, l'on ne sait trop pourquoi, il ne dit rien ni du genre didactique en général, ni de la fable et de l'épître, qui s'y rattachent. Chaque poète, après avoir consulté « son esprit et ses forces l », doit choisir celui qui s'y approprie le mieux :
L'un peut tracer eu vers une amoureuse flamme, L'autre d'un trait plaisant aiguiser l'épigramme 2.
Il est absolument défendu d'outrepasser la limite du genre sur lequel on a porté son choix; par exemple, on ne mêlera pas à la tragédie quelque chose d'épique ou de lyrique; on n'y tolérera pas une familiarité voisine de la comédie. Les plus humbles, ou qui semblent tels, ont eux-mêmes leur cadre dûment précis et formel. Dans le second recueil de ses fables, La Fontaine se libérait des modèles anciens et de la définition consacrée suivant laquelle l'apologue démontre une vérité morale. Ce second recueil nous paraît supérieur par là au premier; mais, quoique Boileau n'eût point fixé la poétique de la fable, le xvne siècle fut d'un autre avis. Et pour quelle raison? Parce que La Fontaine y tournait l'apologue en conte, en élégie, en épître, en idylle, parce qu'il y parlait quelquefois de lui, de ses goûts, de ses plaisirs, de