‹ Le réalisme du romantismeChapitre 34 sur 211 · Art poétique, chant II, v · texte numérisé non relu

Art poétique, chant II, v

En premier lieu, la litttérature classique ne peint que l'homme et le met hors de l'univers. Sauf La Fontaine1 et Mme de Sévigné2, les écrivains du xvn° siècle paraissent insensibles à la beauté des choses. On veut montrer que Boileau aime la campagne en citant certain passage de l'épître où il décrit les environs d'Hautile. A vrai dire, ce qu'il y cherche, c'est la tranquillité; elle le débarrasse des envieux, des importuns et des sots. Oui, dit-il, au début de cette épître,

Oui, Lamoignon, je fuis les chagrins de la ville, Et contre eux la campagne est mon unique asile3.

Et quand, un peu plus loin, il s'écrie :

0 fortuné séjour, ô champs aimés des dieux, Que pour toujours, foulant vos prés délicieux, Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde, Et, connu de vous seuls, oublier tout le monde*,

ces vers, empruntés d'ailleurs à Horace, sont un lieu commun sans accent personnel. Si Boileau exprimait là quelque chose de sincère et de vraiment senti, parlerait-il, ce bourgeois casanier, de sa course vagabonde?

Peut-être les classiques aimèrent la nature beaucoup plus que leur poésie ne porterait à le penser5.

1. Aussi bien La Fontaine ne demande guère aux champs que le repos, le sommeil sous un arbre; il les aime en épicurien.

2. Ce qui plait surtout à Mme de Sévigné dans son parc, ce sont les avenues symétriques où ses amis l'entretiennent des nouvelles de la cour et de la ville. Et souvent elle ne voit la nature qu'à travers les fictions de la mythologie. Passant par le Buron, dont son fils vient de faire couper les bois, elle se plaint que les Dryades et les Sylvains aient perdu leur retraite. (Lettre à Mme de Grignan, 27 mai 1680.)

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