Études critiques, t. I, p
La simplicité plaît sans étude et sans art.
Tout charme en un enfant dont la langue sans fard,
A peine du filet encor débarrassée,
Sait d'un air innocent bégayer sa pensée.
Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant;
Mais la nature est vraie, etc.
Certaines gens, en société, se déguisent ou se composent : Boileau leur remontre que la meilleure façon d'être agréable consiste à laisser paraître, fût-on naturellement chagrin, sa naturelle humeur. C'est là une leçon morale et non point une théorie littéraire.
Le classicisme, n'en déplaise à Brunetière, élimine une moitié de la nature; ajoutons même que, des traits par où il peut se définir, aucun n'est plus caractéristique.
Et d'abord, exclusion du laid. Non pas sans doute dans tous les genres. Dans la satire notamment, Boileau l'a parfois représenté; et la comédie, qui, selon Aristote, se propose « l'imitation du pire », comment ne le représenterait-elle pas? Encore, dans les genres où le laid trouve place, bien des choses qu'admet le naturalisme moderne sont rejetées par l'art classique. Alléguera-t-on Molière? Mais, trop réaliste à certains égards pour le xviic siècle, Molière en choqua souvent les préjugés et les conventions. Après avoir fait son éloge, les critiques contemporains y mêlaient presque tous des restrictions sur ce que beaucoup de ses pièces leur paraissaient contenir de grossier, voire d'ignoble. Fénelon se plaint qu'il imite la comédie italienne1, et Vauvenargues le blâmera de « prendre
\. Lettre à l'Académie, chap. vu.
des sujets trop bas ! ». Moins délicat que Vauvenargues et Fénelon, Boileau lui reproche pourtant des « figures » qui « grimacent », une scurrilité indigne de la scène, et il ne veut pas, dans les Fourberies de Scapin, reconnaître l'auteur du Misanthrope*. Lorsque le poète comique badine, ce badinage même doit avoir sa « noblesse3 ».
Quant aux genres « supérieurs », les classiques y admettent des « objets » horribles. Car, Boileau le dit :
Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux*.
Aussi bien se garde-t-on de le reproduire exactement; Boileau le dit encore,
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable5.
Et d'ailleurs, si les classiques ne reculent pas devant un objet affreux, quittes à le rendre aimable par les procédés de leur art, ils n'ont jamais pensé que le laid eût place dans les genres élevés. Boileau recommande de « donner aux grands cœurs quelques faiblesses », de laisser à Achille ses « petits défauts6 ». Mais quels sont les petits défauts dont il parle?
Achille déplairait, moins bouillant et moins prompt7.