‹ Le réalisme du romantismeChapitre 41 sur 211 · Phèdre, acte II, scène v · texte numérisé non relu

Phèdre, acte II, scène v

ticulier qu'au général, ils confondent le passé et le présent. Corneille, sous le costume antique, nous montre des héros modernes, et non seulement dans Agésilas, dans Attila, mais dans Œdipe, où Thésée discute de théologie, dans Pompée, où César soupire aux pieds de Cléopâtre, et jusque dans ses chefs d'ceuvre, où les Emilie, les Cinna, les Sévère, pensent et sentent comme pensaient et sentaient les grands de son siècle. Racine, du reste, ne fait pas différemment. Si, dans Bajazet, Roxane et Acomat semblent « assez turcs », ni Bajazet ni Atalide n'ont sans doute rien d'oriental. Et, parmi ses pièces, celle-là, en exceptant Alhalie, passe justement pour la plus fidèle aux « mœurs » et aux « coutumes * ». Avec tous les classiques, Racine ne se préoccupe guère que de la vérité humaine. Quand il tire son sujet de l'histoire turque ou de l'hébraïque, il ne saurait négliger complètement la couleur locale ; partout ailleurs il retrace des figures qui ne sont d'aucun temps ni d'aucun pays, qui sont de n'importe quel pays et de n'importe quel temps. Dans Alexandre même, ses rois Indiens, Taxile et Porus, ne se distinguent par aucun trait des héros de tragédie Romains ou Grecs. Saint- Évremond le lui reproche. « Un autre ciel, pour ainsi parler, une autre terre, écrit-il, produisent d'autres animaux et d'autres fruits; les hommes y paraissent tout autres par la différence des visages, et, plus encore, par une diversité de raison ; une morale, une sagesse singulière à la région y semble régner et conduire d'autres esprits, dans un autre monde » ; et il se plaint de n'avoir point trouvé

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