Préface de Cromwell
romantiques prennent soin d'en distinguer « les lois générales qui planent sur l'art1 ». Et, respectueux de celles-ci, ils ne se font aucun scrupule de rejeter celles-là. Que signifie par exemple la règle des unités à laquelle les théoriciens classiques ont asservi le drame? On veut en vain les autoriser de la raison. S'il n'est pas vraisemblable que le lieu de la scène change ou que l'action dépasse un certain nombre d'heures, ce sont là des invraisemblances purement superficielles ; et elles ne nous choquent pas plus que tant d'autres, inhérentes au théâtre, planches peintes qui représentent une forêt, ou feux de la rampe qui simulent la lumière du jour. Mais, observant la règle des unités dans toutes leurs pièces, les classiques méconnaissaient cette règle supérieure par laquelle chaque action doit avoir sa durée, chaque phase de l'action son lieu. En réalité, les seules règles, comme le dit Victor Hugo, « sont les lois générales de la nature et les lois spéciales qui, pour chaque composition, résultent des conditions d'existence propres à chaque sujet » ; et, du reste, « ces règles-là ne s'écrivent pas dans les poétiques; le génie extrait, pour chaque ouvrage, les premières de l'ordre des choses, les secondes de l'ensemble du sujet qu'il traite2. » Le romantisme, en abolissant des conventions factices et vieillies, revient à la nature, dont ces conventions ne permettent pas de rendre une image fidèle.
Pareillement, la jeune école limite avec beaucoup moins de rigueur les domaines respectifs des différents genres.