‹ Le réalisme du romantismeChapitre 46 sur 211 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Dans le discours que nous avons cité1, l'académicien Auger la taxait sur ce point d'une indiscipline subversive. « Les genres, disait-il, ont été reconnus et fixés; on ne peut en changer la nature ni en augmenter le nombre. » Et il lui reprochait de composer des poèmes qui excédaient et transgressaient les cadres réglementaires, de mêler le lyrisme et le drame, le comique et le tragique. Mais, sur ce point encore, elle dégageait la nature d'une poétique arbitraire.

Certes la théorie en vertu de laquelle les classiques imposaient une rigoureuse séparation des genres n'est pas purement factice.

D'abord, il y a des arts différents : il y a en particulier celui du peintre, qui s'applique aux couleurs, celui du musicien, qui s'applique aux sons, celui du littérateur, qui s'applique aux pensées; et, par exemple, on ne peut ni rendre une pensée avec des notes de musique, ni peindre un objet avec des mots. Ensuite, chaque art se présente sous plusieurs formes; l'éloquence est autre chose que la poésie, une pièce lyrique est autre chose qu'un drame. Mais ce sont là des vérités élémentaires auxquelles les romantiques ne contredisent point. Ils ne font que rejeter les formules spécieuses et trop catégoriques où se complaisait le rationalisme du xvne siècle.

Même entre les différents arts, la démarcation ne saurait être absolue; tout en restant distincts, ils communiquent l'un avec l'autre. Quoique l'objet de la peinture ne consiste pas à exprimer des pensées, les œuvres de certains peintres tirent leur

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