‹ Le réalisme du romantismeChapitre 47 sur 211 · Cf. p · texte numérisé non relu

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principale valeur de la pensée qu'elles expriment. Quoique l'objet de la poésie ne consiste pas à reproduire l'aspect sensible des choses, certains poètes se sont servis de la plume comme d'un pinceau, et nous louons leurs vers par des épithètes qui caractériseraient aussi bien les tableaux d'un peintre. A plus forte raison y a-t-il des relations entre les différents genres d'un môme art. Le classicisme voyait dans ces genres des espèces d'entités; c'est en vertu de sa méthode rationaliste qu'il n'admettait entre eux aucun contact. Une telle rigueur n'est pas de mise quand, au lieu de les considérer dans leur « idée », on considère les œuvres qui s'y rapportent. Et, quand on envisage l'unité de l'âme humaine, la distinction radicale des genres, théoriquement fondée sur une juste analyse, semble tout à fait conventionnelle ; elle est même en contradiction avec l'essence de la poésie, si la poésie consiste essentiellement dans une sorte de synthèse.

Le romantisme se donne plus de licence. Non content de mêler le tragique et le comique sur la scène de la même façon que la réalité les mêle autour de nous, il laisse aux trois grands genres poétiques leurs communications. Il ne bannit du théâtre ni l'élément lyrique, ni même l'élément épique; il introduit le lyrisme dans l'épopée et jusque dans le drame.

Lorsque les Odes et Ballades parurent, beaucoup de personnes, et dont l'opinion avait du poids, réprouvèrent, dit Victor Hugo, ces odes « qui n'étaient pas des odes », ces ballades « qui n'étaient pas des ballades ». Peu lui importe. « Qu'on leur donne tel autre titre qu'on voudra, l'auteur y souscrit d'avance. » Et il ajoute : « On

entend tous les jours, à propos des productions littéraires, parler de la dignité de tel genre, des convenances de tel autre, des limites de celui-ci, des latitudes de celui-là; la tragédie interdit ce que le roman permet, la chanson tolère ce que l'ode défend, etc. L'auteur de ce livre a le malheur de ne rien comprendre à tout cela ; il y cherche des choses et n'y voit que des mots ; il lui semble que ce qui est réellement beau et vrai est beau et vrai partout1. »

Ne prenons pas trop au sérieux une boutade; Victor Hugo passait la mesure en réfutant les critiques mesquines d'adversaires qui renchérissaient encore sur la rigueur classique, et sans se donner la peine de justifier les règles à l'observation desquelles ils veillaient si jalousement. Lui-même savait bien que chaque genre a ses lois. Quand il exposera, peu après, la poétique du drame, il ne la confondra point avec celle de l'épopée ou celle du roman; il montrera que l'optique théâtrale exige plus de relief, et que ce qui est beau dans un roman ou dans une épopée peut donc ne pas l'être sur la scène 2.

Mais la nouvelle école protesta non sans raison contre une séparation trop stricte des genres. Aux catégories artificielles qu'avait fixées le classicisme, elle opposa l'imitation de la nature, de la nature tout entière en sa pleine réalité.

Le drame, d'abord, comme le dit Victor Hugo, est « la poésie complète » ; l'élément épique et l'élément lyrique doivent y tenir leur place.

Et pourquoi en bannir l'élément épique ? Il ne

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