Préface de Cromwell
« choisit dans les choses », et l'œuvre d'art implique nécessairement ce choix.
La préface de Cromivell énonce, à vrai dire, et développe une autre maxime qui est bien peu réaliste. « Le réel, y lisons-nous, résulte de la combinaison toute naturelle de deux types, le sublime et le grotesque. » Sans doute Victor Hugo ne les sépare pas, comme nos classiques, en réservant le grotesque à la comédie, le sublime à la tragédie. Il veut qu'on les unisse en une même œuvre. « Ces deux tiges de l'art, dit-il, si l'on empêche leurs rameaux de se mêler, si on les sépare systématiquement, produisent d'une part des abstractions de vices, de ridicules, de l'autre, des abstractions de crime, d'héroïsme ou de vertu. Les deux types, ainsi isolés et livrés à eux-mêmes, s'en iront chacun de son côté, laissant entre eux le réel, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. » Jusque-là Victor Hugo a bien raison. Mais comment peut-il dire qu'on représente la vie réelle par le mélange du grotesque et du sublime? Ne comportant le plus souvent rien de sublime ni de grotesque, elle échapperait presque tout entière au poète qui combinerait l'un et l'autre élément; et, loin de reproduire la réalité, ce poète mêlerait dans la même œuvre deux formes d'abstraction.
Cependant l'art ne doit pas exprimer ce que l'existence offre d'insignifiant. Victor Hugo distingue en termes décisifs la réalité selon l'art de la réalité selon la nature. Certains, parmi les novateurs, se refusaient à faire cette distinction. Il les appelle des « partisans peu avancés du romantisme1 ». Moins