Préface de Cromwell
avancés ou plus avancés que les autres romantiques, la question n'est pas là. Remarquons seulement qu'ils se réclamaient de la nouvelle école ; leur réalisme les alliait au romantisme dans la lutte contre les classiques. Victor Hugo, du reste, leur remontrait justement que l'art modifie la nature, que la vérité artistique diffère de la réalité telle quelle, que si, par exemple, le drame a quelque ressemblance avec un miroir, c'est avec un miroir de concentration. Et cesse-t-on d'être réaliste quand on refuse d'assimiler une photographie à un tableau, un moulage à une statue?
Victor Hugo ne dément pas davantage son réalisme en défendant la poésie de ce qu'il appelle « l'irruption du commun ». Selon lui, « le vulgaire et le trivial même doit avoir un accent1 ». Aussi bien ce qu'il dit là, comme ce qu'il disait tout à l'heure, s'applique particulièrement au drame, régi par les lois d'une optique spéciale. Mais on peut l'appliquer à tous les autres genres. N'exceptons même pas le genre romanesque, qui, très souvent, exprime les trivialités et les vulgarités ambiantes. L'auteur de Madame Bovary et de YÉducation sentimentale nous montre des personnages médiocres, il nous les montre dans un milieu banal et terne; la différence entre Madame Bovary et tel roman de Paul de Kock, entre Y Éducation sentimentale et tel roman de Champfleury, consiste en ce que, chez Gustave Flaubert, la platitude a cet « accent » sans lequel il n'est pas d'œuvre d'art2.