Satire X, v
2. Cf., par exemple, dans l'Encyclopédie, Taiticle sur le Génie.
aux modèles plus ou moins adroitement « mannequinés », il veut substituer la vision des choses. Et pareillement, inventeur d'une dramaturgie nouvelle, il demande qu'on représente « la moyenne existence », où notre comédie et notre tragédie choisissaient des « accidents » ; qu'on remplace les coups de théâtre par des tableaux; qu'on supprime les confidents et les tirades, les « bons mots », les valets ; qu'on peigne non seulement des caractères, mais des conditions, en marquant ainsi l'influence du milieu et en tirant les personnages de l'abstraction classique. Il approuverait même que, « dans les moments pathétiques du drame », on se contentât d'interjections, de monosyllabes, de « je ne sais quel murmure de la gorge, entre les dents » l. Bref, Diderot combat d'un côté le convenu et le factice, de l'autre le vrai rationnel et typique; et, réaliste en cela, son réalisme même fait de lui un devancier du romantisme.
Quand on définit le romantisme comme exclusivement lyrique, on néglige un de ses caractères essentiels. Si nous disions que son rôle fut de substituer le particulier au général, le caractéristique au beau, cette définition marquerait ce qu'il a de réaliste 2, et ne l'opposerait pas moins au rationalisme classique.