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CHAPITRE II

Les réalistes, qui, durant la seconde moitié du xixe siècle, s'insurgèrent contre l'école romantique, bornaient son œuvre à la rénovation de noire langue et de notre prosodie. C'est ce que Zola, notamment, a répété bien des fois dans ses manifestes; selon lui, « on se battit en 1830 sur le terrain du Dictionnaire J ». Cinquante ans plus tôt, maints critiques exprimaient déjà la même opinion. « La querelle, déclarait le Globe, commença par des questions de style. Depuis, elle s'est étendue, agrandie; et, après

1. « J'ai étudié à plusieurs reprises révolution romantique, et il est inutile que je recommence une fois encore l'historique de ce mouvement. Mais je veux insister sur ce fait qu'il a été une pure émeute de rhétoriciens. Le rôle de Victor Hugo, rôle considérable, s'est borné à renouveler la langue poétique, à créer une rhétorique nouvelle. On s'est battu en 1830 sur le terrain du Dictionnaire. La langue classique se mourait d'anémie; les romantiques sont venus lui donner du sang par la mise en circulation d'un vocabulaire inconnu ou dédaigné. Mais, si l'on sort de cette question du langage, on voit que les romantiques ne se séparaient point des classiques. » (Lettre à la Jeunesse, p. 65 du volume intitulé le Roman expérimental.)

avoir parcouru le cercle, elle revient au point de départ1. »

On ne doit pas d'ailleurs oublier2 que toute révolution de la langue suppose une révolution intellectuelle et morale; ce sont les changements dans la manière de penser ou de sentir qui produisent des changements analogues dans le vocabulaire et dans la syntaxe. Mais nous venons de marquer sur quels points fondamentaux l'esthétique du romantisme contredit celle du classicisme; indiquons maintenant de quelle façon les romantiques modifièrent notre langue et notre versification pour les mettre d'accord avec la nouvelle esthétique.

En disant que la querelle se terminait, comme elle avait commencé, « par des questions de style », le critique du Globe pensait sans doute à certaines pages de la préface de Cromwell, tout récemment publiée. Victor Hugo y établissait la nécessité d'enrichir et de vivifier la langue; distinguant d'une correction superficielle, « qui fait de Lhomond et de Restaut les deux ailes de son Pégase », une autre correction intime et profonde, « qui s'est pénétrée du génie d'un idiome » et « qui en a sondé les racines », il revendiquait pour le poète le droit d'oser, de hasarder, d'inventer, et, puisque « les langues ni le soleil ne s'arrêtent », de ne pas modeler son style sur celui de Campistron, voire sur celui de Racine.

Quelques pages auparavant, Victor Hugo exprimait des idées analogues touchant la versification. La régularité du rythme traditionnel avait bien pu

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