Port-Royal édita sa Grammaire en
ment, les langues étaient une sorte de peinture et une sorte de musique, qu'elles ont leur origine dans les impressions des sens, dans ce qui tient au tempérament, à la physiologie. On en fait quelque chose de purement abstrait. On y voit un système de signes qu'inventa la raison humaine, qu'établit je ne sais quel contrat. Et dès lors la grammaire s'érige en puissance indépendante de l'usage, qu'elle doit régir; supérieure aux écrivains, elle censure chez eux, elle traite d'incorrecte toute « phrase » qui transgresse les règles afin de mieux exprimer la vie.
Les grammairiens du xvnT siècle conçoivent selon cette méthode le type d'une langue logiquement parfaite; et la nôtre, se conformant au type conçu par eux, devient « universelle ». Ce qui la rend universelle, ce sont ses caractères de langue raisonnable, ayant pour seul office l'échange des idées; elle acquiert cette universalité en perdant sa nationalité propre. « Au caprice national qu'on appelle l'usage », elle ne laisse, selon l'expression de Dalembert, « que ce qu'elle ne peut pas lui ôter J ». Et les « philosophes » lui en font honneur. Seulement, elle est par là même incapable d'exprimer autre chose que la raison objective. Le père Bouhours comparait déjà « le beau langage » à une eau pure qui n'a aucun goût. Notre langue, vers la fin du xvine siècle, perd son goût particulier. On la traite, poussant à bout le rationalisme classique, comme une sorte d'algèbre.
Les romantiques ne concevaient pas la langue de