‹ Le réalisme du romantismeChapitre 60 sur 211 · Cf. p · texte numérisé non relu

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celle des vrais artistes, appropriée au génie de la langue plutôt qu'à une mécanique abstraite. C'était marquer assez son désaccord avec des puristes timides ou pédants qui censuraient les licences de Molière, qui réprouvaient les hardiesses de Racine. Ici comme ailleurs, la jeune école fait valoir, contre le rationalisme classique, les droits de l'imagination et de la sensibilité. On peut expliquer par là toute sa réforme grammaticale. Elle se permit des constructions libres, vives, accidentées, que condamnaient les défenseurs d'une grammaire purement logique, mais qui pouvaient seules rendre soit les divers mouvements de la passion, soit les formes sans cesse renouvelées de la réalité ambiante.

Leur procédé capital fut de substituer Tordre inversif à ce que les grammairiens, confondant la nature et la raison, appelaient Tordre naturel.

Il y a fort peu d'inversions chez les écrivains du xviie siècle. Saint-Évremond observait déjà que « pour suivre toujours Tordre de la pensée, on ôtait à la langue son beau tour1 ». Fénelon regrette que notre grammaire impose une méthode trop « scrupuleuse » et trop « uniforme ». « On voit venir, dit-il, un nominatif substantif qui mène son adjectif par la main ; son verbe ne manque pas de marcher derrière, suivi d'un adverbe qui ne souffre rien entre deux, et le régime appelle aussitôt un accusatif qui ne peut jamais se déplacer2. » Dans Tordre des mots comme sur bien d'autres points, Saint- Évremond et Fénelon eussent voulu relâcher les

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