‹ Le réalisme du romantismeChapitre 66 sur 211 · RODOGUNE · texte numérisé non relu

RODOGUNE

Piqué jusques au vif contre son hyménée.

« Piqué jusques au vif, expression trop familière qu'il faut éviter. »

Ce n'est pas tout d'un coup que tant d'orgueil trébuche.

« Trébucher n'a jamais été du style noble. » Voltaire, d'ailleurs, quand il blâme ces locutions réalistes, se fait l'interprète des gens de goût contemporains. Et, dans la seconde moitié du siècle, le purisme va raffiner encore ses scrupules. A quelque genre qu'appartiennent des ouvrages proprement

littéraires, il n'y souffre aucune diction expressive qui compromettrait la noblesse conventionnelle du langage : non content de regratter Corneille, il n'épargne même pas Racine.

En vertu de délicatesses analogues, les pseudoclassiques emploient l'épithète morale plutôt que l'épithète pittoresque. Après avoir marqué chez les jeunes poètes un nouveau « procédé de couleur » et noté par exemple la substitution de ciel noir et brumeux à ciel en courroux : « Il n'y a que l'abbé Delille, écrivait Sainte-Beuve en 1829, qui puisse dire en croyant peindre quelque chose :

Tombez, altières colonnades,

Croulez, fiers chapiteaux, orgueilleuses arcades J.

Delille et les poètes de son école semblent ne pas voir les objets. Ils rendent, non la sensation des formes et des couleurs, mais une idée abstraite qui convient à tout objet de même ordre. On ne représente point une colonnade en la qualifiant d'altière ou une arcade en la qualifiant d'orgueilleuse. Ces épithètes ne « peignent rien » ; elles mettent je ne sais quel type métaphysique à la place de la réalité précise et vivante.

De même, c'est une règle, chez les écrivains pseudo -classiques, d'user des termes généraux; et Buffon, déjà, l'avait prescrite2. On désigne le genre et non pas l'espèce, parce que le genre, étant une pure conception de l'esprit, n'exprime aucune chose réelle. On dit fer plus volontiers que couteau,

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