‹ Le réalisme du romantismeChapitre 7 sur 211 · Préface de Cromwell · texte numérisé non relu

Préface de Cromwell

2. Lettre à lord ***. Cette lettre est comme la préface du More de Venise.

3. Cf. le Mercure français du XIXe siècle, 1826, t. XII, p. 6.

d'inaptitude à rendre le réel, on la fait consister uniquement dans le lyrisme. C'est d'abord oublier que le lyrisme des Lamartine, des Victor Hugo, des Alfred de Vigny, comparé avec celui des Jean- Baptiste Rousseau et des Lebrun-Pindare, s'y oppose par la vérité des sentiments et de l'expression. Mais faut-il croire que le romantisme soit tout entier lyrique? Ferdinand Brunetière invoque à ce propos « une loi de balancement des organes et des fonctions ' », ou bien encore « le pouvoir de la concurrence vitale et de la sélection naturelle2 »; suivant lui, de même que le genre oratoire et le genre dramatique, durant le xvne siècle, évincèrent le lyrisme, de même le lyrisme, durant la première moitié du xixe siècle, devait nécessairement évincer les autres genres3.

Une pareille théorie semble trop systématique et trop simple pour ne pas inspirer quelque méfiance, et nous montrerons qu'elle néglige des traits essentiels soit du romantisme en lui-même, soit de l'œuvre romantique. Au xvnc siècle, d'ailleurs, la prédominance des « genres communs » s'explique par une discipline morale et sociale sous l'empire de laquelle, dans la littérature comme dans le monde, on réprimait son moi. Mais la première moitié du xixe siècle est foncièrement individualiste. Or l'individualisme, quoique le lyrisme romantique en dérive, ne pouvait-il donc pas avoir un autre mode d'expression que le dithyrambe ou l'élégie? Chaque écrivain se sentait libre de suivre son génie propre, même en l'appliquant à la pein-

i. Les Époques du Théâtre français, p. 341.

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