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ture du réel, à l'exacte reproduction des âges passés ou de la vie ambiante. Et, si les romantiques introduisirent le lyrisme dans tous les genres, pourquoi refuserions-nous de voir ce qu'ils y introduisirent aussi de réalisme?
Après avoir fait ses réserves sur les innovations de la jeune école, Sainte-Beuve, dès 1830, lui rendait ce témoignage : « Il serait injuste de contester le développement mémorable de l'art pendant les dernières années, son affranchissement de tout servage, sa royauté intérieure bien établie et reconnue, ses conquêtes heureuses sur plusieurs points non jusque-là touchés de la réalité et de la vie* ». Encore n'était-ce pas assez dire. Trente ans plus tard, pour défendre le romantisme d'injustes attaques, le même Sainte-Beuve remontrait que son œuvre essentielle avait été de ramener la vérité dans notre littérature; et, recherchant « la vérité à tous risques, fût-elle la réalité2 », il se déclarait par là romantique.
Nous voudrions signaler ici ce que le romantisme renferme de réaliste, expliquer comme quoi les romantiques pouvaient, sans méprise, invoquer la nature contre leurs adversaires, non seulement contre les pseudo-classiques, mais contre les classiques du xviie siècle. Si l'on nomme réalisme une conception de l'art selon laquelle les écrivains doivent, affranchis des règles et des modèles, se modeler et se régler sur la nature, nul doute que le romantisme ne soit réaliste.
1. Article intitulé le Mouvement littéraire après la Révolution de 1830, Premiers Lundis, t. I.