Phèdre, acte V, scène vi
quentes. Pareillement Boileau, sauf dans certains vers réalistes, tels que ceux dont nous avons fait mention1. Lisez par exemple son épitre à Lamoignon sur les plaisirs de la campagne : ce sont des prés délicieux, c'est un fortuné séjour; rien n'y peint les choses, rien ne les y montre. Entre tous les écrivains classiques, aucun ne décrit la nature avec autant de complaisance que Fénelon; mais, si les tableaux qu'il nous en donne ont beaucoup de grâce et de charme, n'y cherchons aucun trait de réalité concrète. Presque toujours il emploie, comme Boileau, comme Racine, l'épithète morale. Et du reste, quand ses épithètes expriment une qualité de l'objet même, cette qualité appartient à tous les objets analogues. Il nous dit d'une source qu'elle est fraîche, ou d'une moisson qu'elle est fertile.
Nous rappelions plus haut la règle qu'énonce Buffon dans son Discours sur le style : « Nommer les choses par les termes généraux 2 ». Certains critiques interprètent cette règle comme si Buffon proscrivait seulement l'emploi des vocables particuliers aux techniciens. « Les termes généraux, écrit Ferdinand Brunetière, ne sont pas... les termes vides, inconsistants et décolorés d'une rhétorique banale, ce sont tout simplement les termes du commun usage3. » Et dans un autre article : « Buffon a voulu dire qu'aussi longtemps que les géomètres et les physiciens, les théologiens et les jurisconsultes, les érudits et les philologues, tous les spé-