Cf. les Réflexions VI et IX
garde, une révolte de populace, le marché aux poissons, le bagne, le cabaret, la poule au pot de Henri IV, sont une bonne fortune pour elle. Elle s'en saisit, elle débarbouille cette canaille et coud à ces vilenies son élégance et ces paillettes. » Mais, lors même qu'on aurait raison de distinguer par là les classiques des pseudo-classiques, le souci de parler toujours avec noblesse leur faisait employer très souvent les périphrases plutôt que les mots propres.
La périphrase est un des procédés au moyen desquels les poètes de la Pléiade, Ronsard notamment et du Bellay, prétendirent rehausser leur style. Dans la Défense et illustration de la langue française, celui-ci recommande « d'user souvent de la figure Antonomasie, aussi fréquente aux anciens poètes comme peu usitée , voire inconnue des Français ». « La grâce d'elle, ajoute-t-il, est quand on désigne le nom de quelque chose par ce qui lui est propre, comme le Père foudroyant pour Jupiter, le Dieu deux fois né pour Bacchus, la Vierge chasseresse pour Diane. Cette figure a beaucoup d'espèces, que tu trouveras chez les Rhétoriciens, et a fort bonne grâce, principalement aux descriptions, comme Depuis ceux qui voient les premiers rougir r Aurore jusque là où Thétis reçoit en ses ondes le fils d'Hypérion*.» Quant à Ronsard, il blâme l'abus de la périphrase, mais il en conseille l'usage. « Les excellents poètes, dit-il dans la seconde préface de la Franciade, nomment peu souvent les choses par
1. Livre II, chap. ix. — Sur ce point, l'auteur du Quintil censeur reproche à du Bellay de vouloir qu'on périphrase hors de propos « en disant fils de vache pour veau ou bœuf, de peur de faire la moue ».
leur nom propre... Labourer, vertere ierram; le pain, dona laboratae Cereris... Telles semblables choses sont plus belles par circonlocution que par leur propre nom ».
A cet égard comme à tant d'autres, les classiques du xviic siècle suivent l'exemple de la Pléiade. Nous rencontrons chez eux un grand nombre de périphrases, même chez Boileau et chez Racine, qu'on nous donne entre tous pour réalistes. On cite le vers de Boileau :
J'appelle un chat un chat et Rolet un fripon1.
Il faudrait citer aussi les précédents, qui en expliquent le sens véritable :
...Moi, vivre à Paris! Eh! qu'y voudrais-je faire? Je ne sais ni tromper, ni feindre, ni mentir... Pour un si bas emploi ma muse est trop altière. Je suis rustique et fier et j'ai l'âme grossière; Je ne sais rien nommer si ce n'est par son nom.
Nous le voyons, ce couplet ne se rapporte point au style. Le poète y atteste sa franchise dans les relations de la vie ; et le vers qu'on allègue a une signification toute morale.
Non seulement Boileau admet la périphrase, mais, comme les pseudo-classiques, il la recherche, il en tire gloire. Nul autre talent ne lui semble supérieur à celui de bien exprimer « les petites choses ». « Plus les choses, déclare-t-il, sont malaisées à dire, plus elles frappent quand elles sont dites... avec cette élégance qui fait proprement la poésie ». Et il ajoute : « Quand je fais des vers, je songe toujours à dire ce qui ne s'est pas encore dit dans notre