CHAPITRE I
On reconnaîtra plus volontiers qu'il y a dans le romantisme beaucoup de réalisme en considérant l'état où se trouvait notre littérature quand les romantiques l'ont renouvelée.
Et, remarquons-le d'abord, ce n'est pas tant au classicisme que les romantiques s'attaquèrent, c'est surtout au pseudo-classicisme.
Dans la seconde préface des Odes\ Victor Hugo témoigne son admiration pour le génie de nos grands classiques et distingue de leur genre « je ne sais quel genre faux qu'on a fort bien appelé le genre scolastique », un genre « qui est au classique ce que la superstition et le fanatisme sont à la religion ». Dans la préface de Cromwell, après avoir déclaré que la dramaturgie nouvelle ne saurait admettre les règles observées par les Corneille et les Racine, il tient encore à bien
i. Parue en 1824.
marquer la différence entre « la véritable école classique française » et le pseudo-classicisme. On a vu, dit-il, se former récemment « comme une pénultième ramification du vieux tronc classique, ou mieux comme une de ces excroissances, un de ces polypes que développe la décrépitude et qui sont bien plus un signe de décomposition qu'une preuve de vie ». C'est Delille — « et non Racine, grand Dieu! » — c'est Delille, naguère prince des poètes, ce sont ses émules et ses disciples dont Victor Hugo fait le procès en combattant la « prétendue école d'élégance et de bon goût » ; et il allègue contre eux les vrais classiques, Corneille pour sa façon de dire crûment :
Un las d'hommes perdus de dettes et de crimes ', ou bien :
Quant leur Flaminius marchandait Annibal 2,
et Racine lui-même pour ses chiens si monosyllabiques 3 ou pour ce Claude mis si brutalement dans le lit d'Agrippine4.
Tandis que la Révolution a transformé le régime politique de la France, a profondément modifié sa vie intellectuelle et sa vie morale, le pseudo-classi-