Ibid., acte III, scène v
Mais, remarquons-le, désaltérés dans le sang de Jézabel ou demandant leur proie à la porte de Mathan, ces chiens font vraiment figure de bêtes féroces; ils ne compromettent pas plus la noblesse de la tragédie que des tigres et des loups.
Au reste, si, en certains genres, les classiques usent des périphrases et des termes généraux ou abstraits, s'ils évitent autant que possible les mots exprimant la réalité matérielle, gardons-nous de le leur reprocher; un vocabulaire réaliste ne saurait convenir à des genres nobles. Selon Racine, c'est une « véritable faiblesse de n'oser nommer des veaux, des vaches, un porcher »; et il accuse « notre langue » de ne « rien souffrir * ». Notre langue souffrait fort bien ces mots dans d'autres genres; mais peut-on s'étonner que la tragédie les rejette?
Dans la tragédie, le langage doit nécessairement s'approprier à la convention idéaliste qui la régit tout entière. Ainsi que le fait observer Alfred de Vigny, cette convention forçait les poètes de « déguiser le mot simple sous le manteau des périphrases » ; et lui-même, après s'être moqué de la périphrase sous le manteau de laquelle le mot (F espion avait été déguisé par un poète pseudo-classique :
Ces mortels dont l'État gage la vigilance,
il ajoute très sensément : « Lorsqu'on a dit pendant cinq actes hymen pour mariage, immoler en place d'assassiner, et mille gentillesses pareilles, comment proférer le mot tel qu'espion? Il faut bien dire