Remarques sur l'Odyssée
un mortel, et je ne sais quoi de long et de doux à la suite1. » Mais les bienséances des genres nobles n'expliquent pas seulement remploi de la périphrase; elles justifient la préférence donnée par les tragiques aux termes généraux et à tous ceux qui, n'ayant, pour ainsi parler, aucun contact avec les objets réels, en représentent une sorte de type idéalisé.
Quoi qu'affirme Victor Hugo2, il y a toujours eu, il y aura toujours des mots « nobles » et des mots « bas ». Et, si les mots bas sont d'ordinaire plus expressifs, c'est par là qu'ils sont moins nobles. Rappelons-nous ces vers, précédemment cités3, dans lesquels OEnone reproche à Phèdre de ne pas se nourrir. Les périphrases dont elle use sont blâmés par nos commentateurs modernes; voudraient-ils donc qu'elle dît :
Voilà trois jours entiers que vous ne mangez pas?
Appliqué à la Phèdre de Racine, le mot manger nous scandaliserait nous-mêmes, il nous semblerait ignoble. Et pareillement ni Roxane ni Atalide ne peuvent prononcer celui de corde1*. Les nœuds infortunés ou le lien malheureux nous font sourire; pourtant le mot corde nous choquerait dans une tragédie, comme mal approprié au ton et au milieu, comme incompatible avec les convenances du genre. On sait le couplet d'Hippolyte confessant son amour pour Aricie :