XXXIV
4. Leurs adversaires ne manquaient pas de les en railler. Dans une sorte de pamphlet versifié, le Classique et le Romantique, Raour-Lormian, pour couvrir de ridicule le poète romantique qu'il représente, lui fait dire les arbres verts et la lune ronde et large.
Les mauvaises pensées
Qui passent dans l'esprit comme une ombre sur l'eau.
5. Afin que mon cœur soit innocent et splendide Comme un pavé d'autel qu'on lave tous les soirs.
(Feuilles d'automne, la Prière pour tous.)
de Victor Hugo et de Théophile Gautier; et l'école parnassienne, qui fait de la poésie une notation du monde sensible, les reconnut, on le sait, comme ses maîtres. Mais Lamartine et Alfred de Vigny euxmêmes, malgré leur idéalisme, s'opposent encore aux descripteurs pseudo-classiques pour ce que leurs épithètes, quand ils peignent la nature, ont de plus précis, de plus concret, en un mot de plus réaliste.
Semblablement les romantiques préfèrent le terme particulier au terme général. Alfred de Vigny, dans la Lettre sur la soirée du 24 octobre, rappelle « par quels degrés a passé la muse tragique française avant de se décider à dire tout haut un mouchoir » ; comment Voltaire changea le mouchoir dVthello en un billet J ; comment Ducis y substitua un bandeau de pierreries ; comment Pierre Lebrun fit paraître le mouchoir « lui-même », mais en le nommant tissu 2 ; enfin, comment « Melpomène » osa, le 24 octobre 1829, prononcer ce mot fatal « à l'épouvante et évanouissement des faibles, qui jetèrent des cris longs et douloureux ». Certes, les classiques, puisqu'ils recherchaient avant tout la noblesse, n'avaient pas tort d'employer le terme général. Mais les romantiques se souciaient peu d'écrire « noblement » ; et pour eux le terme particulier avait sur le terme général cet avantage qu'il évoque l'objet réel.
A plus forte raison la nouvelle école devait-elle remplacer la périphrase par le mot propre.