‹ Le réalisme du romantismeChapitre 93 sur 211 · Pascal, Pensées, édit. Havet, VII · texte numérisé non relu

Pascal, Pensées, édit. Havet, VII

réalisme, bien au contraire, offensait le goût du temps.

Pascal, pour commencer par lui, laissa des fragments et des notes que ses amis de Port-Royal corrigèrent avant de les imprimer sous le titre de Pensées. Et ils ne les corrigèrent pas seulement par scrupule théologique; ils se croyaient obligés de polir et de châtier la langue de Pascal soit en retranchant maints termes dont la hardiesse les choquait, soit en soumettant à la syntaxe normale maintes constructions insolites. Du reste ces changements n'empêchèrent pas que les Pensées, durant toute l'époque classique, ne fussent tenues de beaucoup inférieures aux Provinciales; et Condorcet1 y blâme encore un grand nombre de tours qu'il taxe d'incohérents ou d'abrupts.

Bossuet, après avoir subi l'influence de Paris et de la cour, resta cependant plus réaliste que ne le permettait la discipline classique. Et pourquoi ne l'estima- t-on pas le premier des sermonnaires contemporains? Est-ce uniquement parce qu'il prêche le dogme dans toute sa sévérité, ou même dans sa rigueur scolastique, parce que, ne faisant aucune concession au goût du public, il s'interdit ces portraits, ces analyses de sentiments et ces tableaux de mœurs qui diversifiaient et agrémentaient les sermons d'autres prédicateurs? Si Bossuet fut moins admiré que de nos jours, il faut surtout l'expliquer par les témérités et par les irrégularités de sa langue, par les impétueuses saillies où son imagination l'emportait. Voilà la principale raison

i. Dans l'édition « philosophique » qu'il en procura selon le texte de Port-Royal.

pour laquelle on lui préféra soit Bourdaloue soit Massillon : Bourdaloue, qui tenait en chaire les yeux fermés, afin de mieux suivre, ligne après ligne, le manuscrit laissé sur sa table de travail; Massillon, dont le meilleur sermon, disait-il, était celui qu'il avait le mieux appris. Les principaux critiques du xvme siècle considèrent Bossuet comme un sermonnaire « médiocre », c'est le mot de La Harpe, ou jugent du moins, c'est le mot de Rollin, qu'il « ne se soutient pas ». Dussault trouve ses sermons « infectés de la rouille d'une époque... où l'éloquence française était encore sauvage. » Au libraire chez lequel les Bénédictins en préparent l'impression, Maury recommande de supprimer beaucoup de passages qui lui paraissent incorrects; il veut que les éditeurs témoignent leur respect pour ce génie sublime et inégal en dissimulant ses « chutes ».

Deux écrivains du xvir3 siècle peuvent s'appeler proprement réalistes : Molière et Saint-Simon. Or de quelle manière leur style fut-il apprécié par les classiques?

Fénelon déclare que Molière « parle souvent mal » et qu'il se sert « des phrases les plus forcées »; Térence, ajoute-t-il, « dit en quatre mots, avec la plus grande simplicité, ce que celui-ci ne dit qu'avec une multitude de métaphores qui approchent du galimatias1 ». Selon Vauvenargues, ses meilleures comédies renferment tant de négligences et d'expressions bizarres ou impropres, qu'il n'y a guère de poètes « moins corrects et moins purs2 ».

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