Réflexions critiques sur quelques poètes
Et sans doute Fénelon et Vauvenargues, l'un si délicat, l'autre qui estime avant tout la netteté et le poli, devaient être particulièrement sensibles à ses défauts. Mais La Bruyère même lui reproche de ne pas « éviter le jargon et le barbarisme », de ne pas « écrire purement1 »; et l'admiration qu'il professe pour le poète comique rend plus significative encore la sévérité avec laquelle il juge l'écrivain. Quant à Saint-Simon, ceux qui, pendant le xviii0 siècle, eurent connaissance de ses manuscrits n'y virent qu'un affreux griffonnage2. Lorsqu'on les publia, en 1824, telle fut aussi l'opinion des classiques contemporains; et Chateaubriand, quelques éloges qu'il fasse de ce « sujet peu académique », l'appelle un barbare.
La nouvelle école envisagea tout autrement les questions de langue et de style. Elle osa préférer les Pensées de Pascal à ses Provinciales : « Admirable quand il achève, dit Sainte-Beuve, Pascal est encore supérieur là où il fut interrompu3 ». A l'égard des Bossuet, des Molière, des Saint-Simon, elle ne leur tint pas rigueur de ce que blâmaient chez eux les classiques ; elle leur donna l'avantage sur des écrivains plus soutenus ou plus châtiés.
Dès lors Bossuet obtient sa véritable place, fort au-dessus des sermonnaires contemporains, ou, pour mieux dire, hors de comparaison entre eux et lui; et cela non point malgré les hardiesses et les brusqueries que lui reprochaient les classiques, mais à cause de ces brusqueries et de ces har-