Port-Royal, livre IIL
diesses, par où il accorde instinctivement sa langue aux images qui surgissent dans son cerveau et aux émotions qui agitent son cœur. De même, sans nier que Molière n'écrit pas toujours bien, on se rend compte que les auteurs dramatiques ne doivent pas « bien écrire », qu'ils doivent représenter des personnages parlant à peu près comme on parle dans la conversation journalière • ; on lui pardonne ses défauts en faveur d'une qualité, la vie, qui, sur la scène, prime toutes les autres. De même enfin, convenant que Saint-Simon serait un détestable modèle de style, les romantiques le mettent au premier rang de nos écrivains pour l'intensité avec laquelle, fût-ce en dépit de la syntaxe, ce peintre incomparable rend la sensation du réel.
L'école classique appréciait surtout la rectitude, l'ordre, la noblesse ; le romantisme aime mieux moins de rectitude et plus de relief, moins d'ordre et plus de mouvement, moins de noblesse et plus d'expression; il veut que le style se modèle librement sur la nature. Tel est le sens dans lequel il modifia soit la syntaxe, soit le vocabulaire, et l'on peut dire que son réalisme a transformé notre langue.
Non moins importante fut la révolution de la métrique. Marquons-en tout de suite les deux points capitaux : d'une part, les romantiques employèrent
1. « Les pièces, dit Molière, sont faites pour être jouées » Préface de l'Amour médecin).
un grand nombre de strophes tombées depuis Malherbe en désuétude ; de l'autre, ils assouplirent le rythme de l'alexandrin. Dans la versification aussi bien que dans la langue, ils préféraient à la cadence monotone des classiques une diversité parfois irrégulière, mais toujours significative.
La Pléiade avait créé ou restauré maintes formes de strophes; elle avait déjà rendu l'alexandrin plus mobile. Quoi que prétendent nos critiques, la conception qu'elle se faisait de la poésie n'est pas sans ressembler à celle que s'en fit le romantisme; voilà pourquoi il y a aussi quelque ressemblance entre la versification des romantiques et la sienne. Sans doute Ronsard et ses amis fondèrent le classicisme; mais leur poésie renferme beaucoup d'éléments dont le xviie siècle ne s'accommoda pas, et que, deux cents ans après, nous retrouvons chez les romantiques. C'est de Malherbe que date le classicisme proprement dit. Malherbe substitua l'expression du général à celle du particulier, et de là dérive toute sa réforme. Il réforma la versification comme la langue en lui imposant une sévère discipline. Il exigea rigoureusement soit l'uniformité de la strophe, soit la symétrie du vers, et, pendant deux siècles, « ses lois1 » ne subirent aucune atteinte.
Parmi les strophes de la Pléiade, le classicisme retint celles dont la simplicité et la régularité s'accordaient le mieux avec une conception rationnelle de la poésie. Les autres disparurent de l'usage,