‹ Le reboutouChapitre 11 sur 29 · EL | LL A · texte numérisé non relu

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ne la connaissaient pas encore, car jamais auparavant elle n’était venue à Camaret, pouvaient à leur aise l’admirer.

De taille moyenne, admirablement proportionnée, elle était remarquable surtout par l'éclat de ses larges yeux clairs, ouvrant leur lac glauque et mystérieux entre des cils noirs, par les teintes dorées de ses cheveux blonds. dont l’ondulation naturelle se perdait sous la | broderie très simple de sa petite coiffe, semblable aux bonnets Camaretois ; le teint mat, très pâle, avait cependant ce ton chaud des marbres longtemps caressés par le soleil, hâlés par le vent, et on sentait la vie affluer sous le grain serré et poli de cet épiderme.

Elle se tenait modestement appuyée à | M": Dorso, osant à peine relever les yeux sous | toutes ces prunelles qui l’examinaient, l’étudiaient, et, par moments, une faible rougeur accentuait la vie de ses joues un peu frémissantes.

— Une fièrement jolie fille ! approuva Kervarec, un connaisseur en beautés. Elle a des yeux qu'on n’en voit pas le fond |...

Marhadour reprit :

— Malheureux que mon cheval soit malade aujourd’hui, sans quoi je partais, vrai, bien que la route soit pas fameuse, de Morgat au cap de de la Chèvre !... Je l’crains pas, moi Nédélek Goalen, tout Reboutou qu’il est!

Ce fut Yves Le Moal qui décida :

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— Deux minutes pour atteler ma cariole, et je vous emmène, tante Rosalie !

Il disparut en courant au tournant d’une ruelle voisine pour aller chercher l’attelage.

— De braves garçons, hein, ma Faïk ?.. Ils se mettraient au feu ou à l’eau, sans hésiter, pour tante Rosalie; c’est des vrais cœurs de Camaretois !.…

Quelques instants plus tard, M"° Dorso, laissant à sa fille Marie-Ange la garde et la direction de l’hôtel pour la journée, s’installait avec Geneviève Goalen dans la voiture d'Yves Le Moal, à laquelle était attelé un petit cheval maigre et vif, qui, bien reposé, plein de sang, ne mettrait pas trop de temps à les amener dans les environs du Cap de la Chèvre.

Il y eut, parmi les pêcheurs, de francs et loyaux saluts à l’adresse des deux femmes, quand le voiturier, faisant claquer son fouet, eût lancé son cheval, et plus d’un se sentit mieux disposé qu'auparavant pour le Reboutou, rien que d'avoir vu sa fille et d’avoir subi l'influence apai-. sante et conciliatrice de la doyenne du pays.

Comme la voiture, après avoir tourné sur le Quai dans la rue principale qui traverse Camaret, venait de dépasser la place Saint-Thomas, la Mairie, la grande place plantée d’arbres, et arrivait à la hauteur de l’église, elle s’y trouva au moment même ou Balanec et sa fille, après avoir reconduit le curé au presbytère, prenaient

Congé de lui.

— Bon voyage, tante Rosalie, cria sarcastiquement le mareyeur. Vous voilà tout quasiment à c’t’heure, dans la situation du fameux roi Gradlon quand il fuyait la fureur des vagues, hé !-hé ! hé!

Comme elle ne semblait pas saisir, il mar- | motta d’une voix plus basse, en se retournant à demi vers le prêtre :

— N'est-ce pas, monsieur le recteur, qu'on pourrait lui dire aussi : « Si tu ne veux périr, débarrasse-toi du démon que tu portes derrière toi ! »

Mais déjà la carriole disparaissait entre les maisons formant l'entrée du bourg et s’engageait sur la route de Crozon.

Ni Geneviève ni M"° Dorso ne purent entendre ces derniers mots, qui faisaient allusion à la sinistre aventure de la ville d'Is, détruite par la mer, en raison des crimes de, Dahut, fille du roi Gradlon, et que ce dernier prévenu par saint Guénolé, avait dû abandonner et laisser périr, quand une voix terrible lui jeta trois fois du haut du ciel cette terrible apostrophe :

Tol an diaoul er mor, divar ta varc’h !

Jette le diable à la mer de dessus ton cheval !

Le recteur, sans répondre avait hoché la tête, tandis que Denis Le Marrec, n'osant prendre la

défense de celle qu'il avait sauvée, se contentait |

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La voiture d'Yves Le Moal, à laquelle était attelé un petit cheval.

CACNES de fi are un Sup p d'œil sdmirabt et E..- reux, et qu’il sentait une flamme inconnue lui pénétrer jusqu’au fond du cœur, en rencontrant le reconnaissant regard qu’elle lui avait jeté au

La porte du presbytère à peine ouverte, une très âgée personne, d’allure de mère-grand, mais d'une mère-grand bien conservée, toute vive et alerte dans sa courte taille, les cheveux pas encore tout à fait blancs sous la fine coiffe de toile aux brides relevées sur le sommet de la tête et rattachées par une épingle, au visage couleur de cendre plissé à petits plis par beaucoup d’années, planta sur les survenants, le prêtre et son Compagnon, des yeux si passés, si déteints, qu'ils semblaient des fleurs fanées.

Brusquement, elle eut un cri passionné, un élan vers le jeune marin, ses päles joues colorées d’un jet de sang :

— Enfin, c'est donc toi, mon fi... C’est-y Dieu possible !.… Ah ! mes prières sont exaucées à ce jour, et la vieille Mannaïk ne partira pas,

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comme elle l'avait tant redouté, sans t’avoi revu !…

Marie-Anne, la servante du curé, la fidèle do- | mestique qui avait autrefois élevé l'enfant, ten- | dait à Denis Le Marrec des mains tremblantes, de pauvres doigts gourds, déformés par le tra- | vail.

Celui-ci les saisit pour attirer à lui la brave femme et l’embrasser d’un retentissant baiser sur les mille rides de son front :

— Oui, c’est moi, Mannaïk, et pour bien des jours encore !.…

— Oh! tu dis toujours ça, chaque fois que tu arrives, et puis, il n’y à pas un mois que tu es là, que de nouveau.

Elle soupira, montrant l’espace, et, philosophe :

— Je ne demandais au bon Dieu que le temps de te revoir une fois encore, de bien t’'embrasser comme je t'aime, et de m'en aller ainsi, toute contente, ton image dans mes yeux !.…

— Allons donc, t’en aller ! Eh bien! en voilà des histoires, tu te portes mieux que nous, en solide Crozonnaise, n'est-ce pas, mon oncle ?.… Tu es aussi jeune, plus jeune qu'avant !.….

Un bon rire les unit tous trois en une même pensée de. tendresse, de bonheur, tandis qu'ils pénétraient ensemble dans le presbytère.

Marie-Anne, marchant devant, annonça d’une voix triomphante :

— Tu arrives bien, mon fi ! J'ai été aux pro-

; Rx 4 RP ie i LE REBOUTOU TE visions ; un fameux déjeuner, que je vais vous faire... Sais-tu comment m'’appellent les gens du pays, tes amis les Camaretois et les Camaretoises ?.…

Elle s'était arrêtée, un peu gouailleuse,

Denis leva les épaules, exagérant son ignorance.

— Ils m'appellent carabassen, parce que je

leur dis toujours la même chose, à ce qu’ils pré-.

tendent! C’est que je leur parle trop de toi, sans doute ! [ls peuvent dire, ils ne sont pas encore capables de faire un bon plat comme la Carubassen du curé de Camaret, ah ! mais oui! On leur en remontrera, pour sûr, tout de Crozon qu'on soit !…

L'antagonisme des natifs de Crozon pour ceux de Camaret se glissait intinctivement dans ses paroles, bien qu’elle fût au mieux avec tout le monde et adorée dans le pays.

— Ah! ah! Ils t’'appellent carabassen, ma pauvre Mannaiïk !... Eh bien ! Il faut en rire et n'y point prêter attention, Si tu radotes un peu parfois, comme c’est pour me répéter que tu M'aimes et que tu ne connais rien de plus beau que moi, ce n’est certes point moi qui te le reprocherai, tu sais |.

Une gaieté nouvelle, une gaieté ramenée par toute une série de vieux ressouvenirs, lui venait de cette épithète bizarre qu'il se rappelait pour l'avoir si souvent entendue, étant tout petit, ce Mot breton carabassen, qui veut dire « vieille

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