‹ Le reboutouChapitre 12 sur 29 · LS A · texte numérisé non relu

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radoteuse », et que, en Armorique, on applique surtout aux servantes de curés.

— Ris, ris!... dit-elle en s’éloignant dans la direction de la cuisine. C’est des rires qui me font douceur au cœur, mon fi! Il y a si longtemps que je ne les ai entendus!

Elle trottait, toute ragaillardie, en un renouveau de jeunesse, de vivacité, de vie. |

Ému, Denis Le Marrec la regarda jusqu’à ce qu’elle eût disparu.

Pour lui, le Passé renaissait, un passé d'in-

souciance, de calme, de bonheur. Il se retrouvait immédiatement, sans transition, dans son milieu d'autrefois, enveloppé de la même chaude et fidèle affection qui, aux jours d’enfance, ne ui avait jamais fait défaut. Il lui semblait, oublieux de ses longues années d'absence, de ses continuels exils en pays lointains, de ses aventures, de ses naufrages, n'avoir jamais quitté cette cure de Camaret, où il avait été recueilli, orphelin, où il avait grandi, insouciant de tout, où il avait été si heureux.

Il restait là, debout au milieu du petit salon connu, où rien n'avait été changé de ce qu'il y voyait autrefois, où meubles, ornements, tentures, tableaux de piété, tout se trouvait encore aux places identiques où il les avait vus, deux grandes années auparavant,

Ilse rapprocha de la cheminée, invinciblement attiré, appelé par un petit cadre modeste, audessus duquel une branche de buis séché mettait

une ombre légère, un mince voile de deuil et de piété, un signet, comme on en met à la page que l'on veut relire, au souvenir que l’on veut ne jamais oublier.

Sous le verre, une photographie, un doux visage de jeune femme päli sous le blanc de la

Il se rapprocha de la cheminée invinciblement attiré, appelé par un petit cadre modeste.

coiffe crozonnaise, une croix d’or au cou sur le fichu, des boucles aux oreilles, l'air calme et résigné,

Denis balbutia très bas, cherchant à se rappeler, reconstituant des traits trop peu vus, à un igesitendre, une physionomie presque inconnue :

— Ma mère !... maman !.….

Un grandissant attendrissement l’envahjssait,

ternissait de brouillards ses prunelles, et, pour lutter contre cette faiblesse, qui lui paraissait en désaccord avec sa virilité, sa force d'homme fait, il passa une main brusque sur ses yeux, essayant d'expliquer :

— C'est drôle, toute cette brume qui me poursuit ; je ne puis m'en défaire, j'en ai encore plein la vue !.….

Et il essaya de sourire, luttant contre l’émotion croissante qui activait les battements de son cœur.

Mais Pierre Kerbiriou, lui, ne se laissait pas tromper à ces visibles manifestations d'un trouble dont il devinait d'autant plus clairement la cause qu’il éprouvait la même émotion.

Dès qu’ils furent seuls, le curé, chassant instantanément les préoccupations imprévues qui l'avaient un moment assiégé, ouvrit de nouveau tout grands ses bras pour étreindre son neveu plus largement, plus à l’aise que sur le quai, et, s’abandonna, vaincu, tout entier à sa joie :

— Mon cher, mon bien-aimé enfant, que je suis donc heureux de t'avoir là, à moi, bien seul, comme... comme autrefois, et de voir que tu es toujours toi, que tu n'as pas changé !.…

Sa voix s’attendrissait, se mouillait, en un retour vers le passé, en un recul vers les années écoulées.

Le jeune homme, n’essayant plus de résister, se livra, comprenant tout ce qu’il y avait d’affection profonde, de chaude tendresse, dans ct

grand et gros homme aux traits violents, aux allures brusques.

Avec un sourire heureux, il l’écoutait plier son rude organe à d’inhabituelles inflexions de douceur pour mieux le convaincre et le caresser.

— Je suis content, si content de te revoir, mon garçon! Ah! je peux bien te l'avouer, va, chaque fois que tu pars, j'ai toujours l’horrible crainte de t'embrasser pour la dernière fois !.. je tremble de ne plus jamais t'avoir là, comme je t'ai en ce moment, et je m'en fais des reproches, vois-tu, de cruels reproches !.….

Il eut un regard furtif vers la photographie couronnée de buis :

— N'ai-je pas promis de toujours veiller sur toi, de ne te quitter jamais, de te préserver de tous dangers !.…

Il soupira, les yeux un peu humides :

— Ne pas te quitter... te préserver! Comment?

Denis sourit, prenant dans ses larges mains les doigts blancs de son oncle :

— C'est vrai! Lorsque je suis là-bas, sur mer, c’est pas commode ! Et Dieu sait si j'en ai vu de dures, cependant! Naufrages par ci !.… Echouements par là! La tempête, les mauvaises roches qui vous attendent un peu partout embusquées en manière d’assassins, les maladies dans tous ces diables de pays où je vais!.… Ah! ah! ah! mon pauvre oncle, je vous en

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