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jeune homme ; mais, comme on connaissait par avance les désirs, peu cachés, de Balanec, comme on soupçonnait Reine d’une certaine tendresse pour son ancien ami d'enfance, et que tous étaient d'accord pour trouver cela très juste, aucune n'avait osé entrer en lutte avec la fille du mareyeur.
On s’émut d'autant plus, lorsque, par des bruits vagues venus on ne savait d’où, transmis par des bouches qu’on ignorait ou qu’on ne voulait pas trahir, la rumeur commença à se répandre qu’on aurait prochainement une grosse surprise à ce sujet et qu’il ne fallait pas trop se häter de conclure.
Quelques-uns de ces propos arrivèrent jusqu'à M"° Dorso, et ce fut Louise Pennéguës qui. avec une grande indignation, lui apprit la nou velle, peu à peu ébruitée.
— Croyez-vous pas, tante Rosalie, que voilà qu'on prétend partout, à ce jour, que le neveu de Monsieur le recteur n’a plus d'idée que pour cette petite qu'il a sauvée, vous savez bien, la fille au Reboutou!... Comme si c'était croyable !.…
À cette révélation, la patronne de l'Hôtel de la Marine, le premier mouvement de surprise maitrisé, eut un long et prolongé balancement de sa tête aux traits fins, comme si, tout au fond d’elle même, elle n'eût pas été tout à fait aussi étonnée qu'elle le laissait si complaisamment voir.
Elle murmura seulement à mi-voix, sans se livrer :
ER brel Dr (LE REBOUTOU
— Ah! ah! voyez-vous!
Mais l’autre insinua, pressante, déduisant les conséquences :
— Eh bien! Et notre Reine, alors, que va-t-elle penser de tout cela, quand elle saura, qu’on viendra lui apprendre ?
La doyenne plissa les lèvres d’une mouc légère :
— Oh! ce ne sont pas les amoureux qui lui manqueront, pour sûr, et, à mon idée, elle n'a jamais dit qu’elle aimait Denis Le Marrec!.…. Alors, n'est-ce pas, vous comprenez, ma bonne Louise.
Elle n’achevait pas, se souvenant tout à coup : d'Hervé Morvan qu’elle avait en haute estime pour son travail, pour sa bonne conduite, et dont les assiduités auprès de la fille de Balanec lui avaient été connues.
La veuve Pennéguès reprenait :
— Pour sûr, c’est un goût d’étrangeté que lui auront donné ses voyages dans tant de pays bizarres, car il n’y aura que lui dans Camaret pour hésiter entre la Reine à Balanec, une si belle fille, un magnifique parti, et cette autre de là-bas, qui ne la vaut certes pas, à aucun point de vue, on peut dire! Oh! diable! Il ne voit plus comme
ceux de par ici, sans doute !..
Plus raisonnable, réfléchissant davantage, M°° Dorso expliquait :
— Mais, ma Louise, que trouvez-vous donc de si extraordinaire dans tout cela, en admettant
toutefois que votre histoire soit vraie, car ce qu’on fait de cancans |...
— Si elle est vraie, Seigneur Dieu !.… Tout un chacun le dit.
Elle eût été prête à affirmer, dans l’ardeur du bavardage, bien qu’elle ne se souvint même pas exactement de qui elle tenait le propos.
Son interlocutrice céda :
— Possible, après tout ! Voyez-vous, comme je vous disais, il n’y a dans tout cela ni bizarrerie ni étrangeté : il y a l'Amour, plus fort que tout !
— Pour Reine, je le comprendrais ! insista Louise Pennéguës.
L'autre s’impatienta, dans une soif de justice, d'impartialité :
— Ah çà! voyons! La petite est une honnète fille, pas vrai? C’est point parce que son père est le Reboutou, qu'on pourrait l’empècher d'étre aimée! Et encore, sur l’homme du Cap de la Chèvre, je ne pense pas comme beaucoup d'ici, ayant été le voir, ayant causé avec lui, dans Sa maison, le jour où je lui ai reconduit sa Faïk. C'est un père comme tous les pères, meilleur père que bien d’autres! Pour ce qui est de sa lille, elle est jolie, douce, laborieuse ; elle fera, tout comme notre Reine, une honnête femme ; Pourquoi ne voulez-vous pas qu’elle trouve aussi à plaire?...
La conversation en était restée là, Louise ne trouvant plus d’objections à opposer, mais elle
était rentrée chez elle, nullement convaincue, entêtée dans ses idées.
C’est ainsi que, tandis que Denis le Marrec voyait avec quelque anxiété se rapprocher le jour où son secret serait dévoilé à tous, publiquement, ce même secret commençait à se trahir, passant de l’un à l’autre, enflé, envenimé de tous les commentaires malveillants, et l’on pouvait prévoir le moment où les intéressés le connaîtraient sous son plus mauvais aspect, s’il ne se hâtait de l’annoncer lui-même,
— Fameux temps aujourd’hui, un vrai temps de fête qui s'annonce à c’ t’ heure!
C'était Balanec, en promenade matinale sur le quai, se rendant au chantier du Styvel, où l’on achevait de mettre la dernière main aux préparatifs de la cérémonie de la Croix de Mission, devant avoir lieu dans l’après-midi, qui lançait cette apostrophe joviale à Denis Le Marrec, en grande conversation avec son camarade Hervé Morvan.
Tous deux se retournent, saluent le vieux mareyeur, qui poursuit son chemin du même pas balancé, et regardent lentement autour d’eux, comme soudain pris, enveloppés par une atmosphère ambiante, dont ils sentent plus que personne l’influence, pour en avoir été longtemps et souvent privés.
En effet, c'est le gris qui domine, le gris, la vraie couleur de l’âme bretonne, du pays breton.
PA ee SORT de PT
Le temps est gris, ciel gris, mer grise, paysage gris. Tout est semé de cette fine et impalpable cendre terne, mélancolique, qui prête au mystère, évoque le rêve, encourage les visions et communique à toutes choses un particulier caractère d’intéressante tristesse.
Des teintes grises, comme apaisées, traînent partout, envahissent l’espace, l'Océan, les terres, leur donnant cette tonalité, qui est la grande poésie enveloppante du pays d’Armorique, des pointes brumeuses où flotte de l'infini, où l’on comprend davantage le surhumain, où l’on sent mieux la puissance de la Nature.
La falaise de la presqu’ile de Roscanvel est tout adoucie d’une buée bleuâtre, tendre, légère comme une gaze et charmante à voir. La mer est une plaque d’étain, teintée ça et là de lueurs vertes, de trainées jaunes; pas une vague, pas un bouillon d’écume aux crocs menaçants des roches basses, pas une ride sur l’immensité plane de l’eau, qui semble dormir d’un grand sommeil de géant.
— Jour de 'fête!..... jour de fête! C’est à voir ?.. Oui, si ça tourne bien ! murmure à voix basse Denis Le Marrec.
Mais son compagnon le réconforte d’une solide et affectueuse poignée de main, ripostant vaillamment :
— Ne te tourmente pas, j'ai confiance.
— Merci, Hervé, tu es un ami, toi, aussi tu peux être tranquille, Jean-Marie Balanec étant
au chantier, sa fille doit être seule, je vais pouvoir lui parler. Autant qu’elle soit d'avance, elle aussi, au courant de ce qui va se passer. C’est une bonne fille, un cœur d’or, avec elle on peut toujours s'expliquer en camarades, mieux qu'avec son père, tout brave homme qu'il soit, mais trop entiché de ses idées et trop entété dans ses desseins.
Et, sur ces mots, qui devaient être la conclusion de la conversation qu’ils venaient d’avoir, Denis raffermi, le cœur un peu battant, malgré si résolution, se dirigea vers la demeure de Balance, située auprès de l’église.
Quand il entra, la jeune fille, sa toilette presque terminée, achevait d’arranger sa coiffe, immobile devant son miroir.
Elle semblait plongée dans de si profondes réflexions que l’entrée du jeune homme ne put l'arracher à cette absorption et que, durant quelques instants, il put la contempler tout à son aise et l’admirer dans son costume de procession,
La taille plus fine et mieux prise que jamais dans le corsage bien ajusté de sa robe neuve de soie couleur tendre, le chäle de crêpe de Chine drapé sur ses épaules rondes et dégageant le cou à l'aide de trois ou quatre plis mordus par une épingle, ayant mis un tablier d’étoffe changeante ireflets glacés, elle parut à Denis plus jolie, plus séduisante qu’elle ne lui avait jamais semblé,
Ce fut comme une lumière lui entrant à grands
Eu A CRT Ts
flots dans les prunelles, le temps qu’il examina sa charmante tête, aux traits affinés par l'éclat blanc des broderies de la coiffe, coquettement posée sur ses cheveux d’un châtain clair presque blond.
Surpris, attiré, il faillit s’exclamer :
— Que vous voilà jolie, Reine!
Il lui paraissait ne jamais l’avoir vue ainsi.
Pourtant il avait eu bien des occasions de la contempler ; mais jamais il n’avait vu en elle qu'une camarade, une amie, presque une sœur.
Il fallait que soudain, au moment où il venait pour lui dire qu’il en aimait une autre, elle se présentât enfin à lui, en sa radieuse et triomphante beauté de femme, d’une femme qu’il lui eût suffi de demander pour en faire la compagne de sa vie.
Ce fut si rapide, si intense, cette pensée en lui, qu'il resta un moment saisi, se demandant avec inquiétude ce qui se passait dans son cœur, en cet instant décisif.
Il eut besoin d’un effort pour échapper à l’instantanéité de cette séduction, pour replacer entre Reine et lui le pâle et énigmatique visage de Faïk, les yeux profonds, les cheveux d’or de celle qu’il aimait. ,
Dominant son trouble, mais si chancelant qu’il fut obligé de s'appuyer de la main au mur, il s’avança de quelques pas et demanda, la gorge serrée, le sang sifflant aux tempes avec une violence inaccoutumée :
— Reine, je voudrais vous parler.
Elle se retourna saisie, jetant un léger cri, car elle se croyait seule :
— Hein? Qu'y at-t-il? Que me veut-on?.….
Puis un sourire éclaira toute sa physionomie, lui donnant une exquise expression de joie, de plaisir, de confiance :
— Denis!... Ah! c’est vous!
Doucement elle passa les mains sur ses yeux, pour en écarter les visions qui venaient de la hanter.
Depuis le matin les réflexions ne cessaient de l'assiéger, augmentant le trouble, l’indécision de son cœur, chaque jour combattu entre les souvenirs chers qu’elle conservait, entre l’égale tendresse qu’elle ressentait pour Denis Le Marrec et pour Hervé Morvan.
En ce jour solennel, où les âmes devaient particulièrement s'élever vers Dieu, elle avait éprouvé de nouveaux scrupules en constatant ce qui se passait en elle, trouvant tour à tour qu'elle était coupable en oubliant trop les années d'enfance, les joies de son amitié d'autrefois avec Denis, et aussi en méconnaissant les espélances qu’elle avait pu laisser concevoir à Hervé. N’avait-elle pas encouragé les tentatives de ce dernier vis-à-vis d'elle, en se montrant avec lui plus coquette qu’elle ne l'aurait dû, et combien n'était-elle pas blâmable si, après ces lacites encouragements au contremaitre, elle allait épouser le neveu du recteur ?
Au moment où Le Marrec venait ainsi la surprendre, elle se remémorait tout ce qui avait eu lieu depuis ce retour de la Croix du Sud, toutes les luttes intimes, dont elle n'avait fait la confidence à personne, et qui s'étaient si souvent passées en elle, troublant ses jours, désolant ses nuits.
Tout, depuis cette époque, semblait se liguer autour d'elle pour amener son mariage avec Denis. Dans toutes ses conversations, son pire le lui avait toujours laissé entendre, ne cessant de vanter les mérites, les qualités du jeune homme, ne lui cachant pas que cette union comblerait ses plus chers désirs. Chaque fois qu’elle avait rencontré l'abbé Kerbiriou, il lui avait montré une affection plus paternelle que d'habitude; il n’avait rien demandé pour son neveu, rien dit en sa faveur, prudent et réservé, mais tout, dans ses manières, dans ses paroles, prouvait que, déjà, il la traitait tendrement en nièce.
Quand elle s’interrogeait, anxieuse, désireuse de plaire à la fois à son père et au recteur, il lui semblait bien que Denis Le Marrec lui plaisait, elle le trouvait certainement à son goût; c'était en vain, cependant, qu’elle cherchait à voir en lui un mari.
Il ne lui apparaissait que comme un frère.
toujours le camarade de jeux de son enfance, un ami seulement, et cette constatation la bouleversait, car elle ne sentait pour lui rien de cet
irrésistible et tendre entrainement, de cet élan de cœur qui la poussait autrefois vers Hervé Morvan.
Oh! celui-là, c'était tout autre chose : il ne lui plaisait pas du tout de la même façon.
Elle qui avait parfois quelque difficulté à replacer devant ses yeux, par l'effort de la memoire, les traits de Denis, qu’elle connaissait pourtant depuis la première enfance, qu'elle voyait presque tous les jours depuis son retour, elle n'avait qu'à clore ses paupières aux longs cils pour voir immédiatement Hervé.
Elle le voyait tel qu’elle l'avait vu pour la première fois, le jour où il était définitivement revenu à Camaret, son temps de Service fini, tncore en tenue de matelot, avec son galon d'or de second-maitre sur chaque manche, et, sur la poitrine, ses deux médailles, l’une acerochée au ruban jaune à raies vertes, l’autre au ruban bleu à raies vertes, qui disaient bien haut ses campagnes glorieuses, ses états de Service : — Tonkin — Madagascar.
Cela, jamais elle ne l’avait oublié: elle s'était sentie émue, touchée en plein cœur, et elle avait compris que tout d'elle allait à lui.
Mais voilà que l'arrivée de Le Marrec avait tout brouillé en elle, qu’elle n’avait plus su ce qui se passait, sous l'influence continue et isante des insinuations de son père, des amabilités du recteur, du bavardage de ses com- Pagnes.
Il lui avait semblé que peu à peu un mur de brume montait, s’élevait entre elle et Morvan, et qu’elle ne distinguait plus ses traits, de souvenir, aussi nettement qu'autrefois. Est-ce qu'elle l'avait jamais réellement aimé? Est-ce que Denis avait définitivement pris sa place dans son cœur? :
Bien des fois elle s'était interrogée sans pouvoir rien décider. Le respect qu'elle avait pour son père, dont jamais elle ne se fût permis de combattre la volonté, dont elle subissait aveuglément l'autorité, l’empêchait d'arrêter un choix sans avoir son avis, et elle n’osait l’interroger, tremblante d’une réponse, d’un ordre, qui peut-être la désoleraient.
D'un autre côté, pieuse comme elle l'était, le curé représentait tout pour elle; en devenant st nièce, il lui semblait qu'elle entrerait dans k maison de Dieu, qu’elle serait plus près du ciel et que son salut en serait plus assuré.
Alors, quand ces idées l’assaillaient, il lu paraissait, malgré de secrets et étouffés battements de son cœur, malgré une vague instinctive angoisse, que le bonheur, que devoir étaient là,
Tout en achevant de s'habiller pour se rendrt à la cérémonie de la Croix de Mission, elle s'était donc, plus vivement encore que précédemment, sentie prise de nouveaux doutes, de renaissantes hésitations.
Une double remarque qu’elle avait faite était
en outre venue augmenter son émoi. C’est à peine si, dans ces derniers temps, Denis Le Marrec apparaissait chez son père; on ne le voyait presque plus. Bien qu'elle ne fût pas du tout au courant des bruits qui commençaient à courir dans le pays, et dont Louise Pennéguès se faisait si volontiers le complaisant écho, le fait l'avait cependant frappée. IL lui avait semblé d'autant plus étrange, que, vers le méme moment, Hervé Morvan, qui depuis le retour de la Croix du Sud avait presque disparu pour elle, semblant la fuir, éviter les occasions de la rencontrer, se trouvait à présent tous les jours sur son passage, et que ses yeux, au lieu de se détourner, la cherchaient avec la même ardeur muette, la même tendresse qu'autrefois.
Que se passe-t-il donc, et pourquoi ces petits faits indifférents en apparence, peut-être très significatifs ?
Elle en était là de ses réflexions, quand la voix de Denis l’arracha à ses pensées.
eine alla à lui comme au secours cherché, à la solution espérée, avide de parler, de savoir, de verser enfin dans un autre cœur ce qui la dévorait,
Maintenant qu'il était là, en face d’elle, que Ses yeux plongeaient au fond des siens, qu'il l'avait plus qu’à tendre les bras pour la prendre, pour la serrer contre son cœur, Denis eut une ‘motion encore plus terrible, plus redoutable
que celle qu’il avait ressentie, au moment de son entrée dans la maison, en la voyant dans son costume de fête,
Quelles étaient les pensées qui s’agitaient sous ce joli front si pur, si blanc ? Que cachaient les profondeurs du lac limpide de ces grands
yeux attachés sur lui avec tant de candeur, de
douceur, de tendresse peut-être?
Il n’osait plus parler, troublé, bouleversé
jusqu’au fond de l’âme, en un tel désarroi de
cœur qu'il avait envie de se sauver sans rien | dire, sans faire l’aveu qui lui brülait les
lèvres.
Elle le regarda, étonnée, inquiète de ce silence prolongé autant que du trouble visible dans sa physionomie mobile ; elle avança d'un pas vers lui, la main tendue, appelant :
— Denis!
Il recula, en un mouvement soudain de terreur, semblant se défendre avec des mots répé- | tés, balbutiés, que ses lèvres paraissaient avoir |
peine à arracher de sa gorge :
— Non... Non... Cela ne se peut! Non!
Des rougeurs passèrent en flammes d'incendie |
sur les joues, sur le front de Reine, qui se rap-
procha d'avantage, attirée malgré elle, impa-
tiente de comprendre, de savoir :
— Qu'y a-t-il donc?
Et s’il allait lui briser le cœur par sa révélation brutale, si elle l’aimait !
En coup de foudre, cette pensée traversa so!
esprit; il la combattit, la repoussa, se répétant :
— Non, non, elle ne m'aime pas!
Tout haut il l’invoqua, à mains presque jointes, en un délire de supplication :
— Dites-moi!... Oh! dites-moi, Reine, que vous ne m’aimez pas, que jamais.
Elle avait jeté un cri d'oiseau blessé :
— Ne pas vous aimer, vous, Denis, mon camarade, mon petit ami d'enfance! Que me dites-vous là?
Il avait pâli, aux premiers mots; mais la fin de la phrase sonnait à ses oreilles, d’une douteur calme qui peu à peu le rassérénait.
Il eut un élan vers elle, lui saisit les mains et interrogea, anxieux encore :
— Comme votre frère, n'est-ce pas, ma Reine?..
Très calme, un sourire apaisé aux lèvres, n'ayant plus de flammes brülantes aux joues, plus de rayons dans les yeux, elle reprit :
— Le plus cher, le plus aimé des frères!
Il s’exclama, le cœur léger, la poitrine bondissante :
— Ah! c’est que vous ne savez pas, vous ne Pouviez pas savoir! On avait songé à vous Dour... pour moi! Oui des amis, de bons et tendres amis, votre père, mon oncle! Est-ce Qu'on peut marier un frère et une sœur, “oyons?.., Ils ont fait ce rêve, un vrai rêve, tomme vous voyez !.…
VERTE 0 ., FUAAT !
Une joie vibrait en lui, à la voir si tranquille devant cette révélation, qui était pour ainsi dire venue toute seule sur leurs bouches, à la même minute, du fond de leur cœur, sans qu’ils eussent eu besoin de s'entendre d'avance, de s'interroger.
Non, ils ne s’aimaient pas d'amour, ils s'aimaient d’une affection plus calme, moins tumultueuse, de cette affection de deux êtres habitués autrefois à vivre ensemble, comme s’ils étaient de la même famille, et qui n’avaient jamais senti s'élever entre eux le vent brûlant de la passion.
A présent, l’aveu fait, ils causaient sans trouble, en pleine confiance, comme s’ils eussent toujours ainsi échangé fraternellement leurs confidences, et ce fut Reine, plus audacieuse, qui questionna la première :
— Vous aimez donc quelqu'un, Denis?
Sa curiosité de femme s’éveillait, avivée par cette pensée d'amour, et, un sourire de tendre malice au coin des yeux, devinant la vérité :
— Celle que vous avez sauvée, n’est-ce pas celle de là-bas ?.…
Son doigt montrait, par delà les hauteurs, la direction du sud.
Le Marrec, un peu troublé, avoua :
— C'est Geneviève Goalen que j'aime!
Mais à son tour, se souvenant de sa promesst à son ami, plus pressant, maintenant que s0!
cœur était allégé par la confession, il serrt
étroitement les deux mains de Reine entre les siennes et affirma :
— Je sais aussi votre secret, car vous en avez un, comme j'avais le mien.
Geneviève Goalen.
Elle essaya de se dégager pour cacher la rougeur qui flamba soudain d’une vive lueur à
travers son visage, glissant jusque dans son 3 Cou. Ÿ Il insista, ses prunelles un peu railleuses 7e
allant fouiller au fond de ses yeux qu’elle ten- a