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voilà un qui a le SA de son nébiet: et solide,
et bon enfant! Ah! Monsieur le recteur a de quoi être fier de lui, il fait honneur au pays! C’est franc comme l'or, un garçon comme celui-là!.. Un fils pareil, ah! ah! je sais bien, moi, pour ma part, que... enfin, ah! ah!
Sans achever, il se frottait vigoureusement les mains, examinant alternativement le curé, qui restait pensif, et la jeune fille, qui faisait semblant de causer à l’oreille de la veuve Pennéguès, tout en ne perdant pas une des paroles de son père.
Elle avait vraiment gentille physionomie cette Reine Balanec, une fraiche et vigoureuse créature de vingt et un ans à peine, la figure ronde et pleine, aux joues fermes, aux lèvres en fleur, ouvrant des yeux purs, du même bleu atlantique que les prunelles de son père, sous des sourcils châtains bien dessinés, d’une courbe presque délicate de fille de la ville. Le nez droit et fin, le front blanc, les cheveux lissés sous la broderie coquette d’une coiffe très blanche, achevaient de lui donner une sorte de distinction, l’élevant au-dessus des filles de pêcheurs et des friturières à la lourde allure paysanne qui peuplent les usines à sardines. La taille, moins épaisse, avait une certaine élégance que relevaient le tablier de soie changeante et le châle de crêpe fixé dans le cou par trois ou quatre plis maintenus par une épingle.
Sa réputation de jolie fille était du reste
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incontestée dans Camaret, et son père en était ussi fier que de lui voir, aux jours de procesion, lors de la fête de l’Assomption et du Paron, porter au milieu de ses compagnes la banrière de la Sainte Vierge.
Un instant arraché à des pensées plus sombres jui obscurcissaient son front, dans l’ombre des iles du large chapeau noir incliné sur ses yeux, ’ierre Kerbiriou avait relevé la tête, sous le “oup de fouet des paroles de Balanec.
Il se mit à contempler les traits réguliers et ncore un peu enfantins de Reine, qui avait onservé comme un reste de la naïveté candide le la fillette du premier àge sous les lignes plus ffermies modelant sa figure de jeune fille, bien- Ôt jeune femme, et soupira :
— Bonne et brave fille! Oui, certes! Ce serait la tranquillité assurée, le bonheur, un oyer..…
Tout un avenir réjouissant et heureux éclaira uelques instants ses yeux noirs, débrouilla les lis de ses sourcils, les rides amassées en temête à la racine de son nez, la moue obstinée e ses lèvres, des lèvres épaisses de bonté et ‘affection.
Puis il leva ses lourdes épaules dans un geste e doute, d'espoir; mais, très vite, elles s’afaissèrent en une sorte de houle frissonnante ous une reprise plus serrée des lamentations € la cloche, en même temps que le tissu mou-
ant du brouillard resserrait sa trame, les enve-
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loppait tous d’un nuage plus opaque, d’une ‘humidité plus envahissante, et que le vicaire, portant son mouchoir à sa bouche, étouffait . difficilement une brusque quinte de toux, qui | le secouait de la tête aux pieds.
é — Les coups de la mort, qu’on dirait! mar- . motta la veuve, impressionnée plus vivement 4 que les autres par ce glas pleurant invisible sur elle.
Elle ajouta, se rappelant un passage d’une vieille chanson, dont les syllabes armoricaines la hantaient :
Taoliou ar maro' zo skoët !
Entrainée aussi, tante Rosalie répéta en fran- - çais :
Les coups de la mort ont frappé !
FRE C'était tellement l'impression funèbre de tous en ce moment qu'ils ne trouvaient rien à répondre à ces mots jetés en présage de malheur et passant sur eux comme un vol d'oiseaux de
tempête.
Y Balanec gronda, mécontent, secouant le léger 6 frémissement qui lui avait chatouillé l’épi- Fa derme :
î — Pas des choses à dire à c’t heure, Madame
” Pennéguès, quand il y a tant de braves gens en mer !
Reine, toute pâle, regardait vaguement au-
tour d’elle, comme si elle se fût attendue à voir
7 Rue
quelque subite et lugubre apparition sortir de ce nuage cotonneux, dont elle se sentait toute caressée.
Ce-fut le prêtre qui réagit le premier, en déclarant de sa voix forte :
— Ne sommes-nous pas tous, à toute heure et toujours, dans la main de Dieu! Des Fran-
çais, des Bretons ne doivent craindre qe Dieul..
Sa main droite dressée en l’air, montrait le ciel d’un fier élan, de l’allure hardie que devaient avoir les grands ancêtres gaulois.
Ils eurent un geste, un mouvement pour se serrer autour de lui, avec la confiance de sa force, de sa haute taille, de son autorité sainte, de cette puissance physique et morale qui devait les préserver de tout mal.
A petits pas, ils marchèrent auprès de lui, s’avançant peu à peu le long de la mince et étroite bande de terre qui relie la chapelle, le phare, la jetée et le fortin de Vauban à la terre ferme; protégeant et enfermant le port de Camaret, en le défendant par un large et épais mur bas, composé d'énormes blocs de pierre, contre les fureurs du large.
Et il était bien au physique, comme il l'était au moral, le pasteur de ce troupeau, le dominant de sa taille, de son allure résolue, de la fermeté de son pas, de sa parole énergique, ayant conscience de l’apostolat qu'il avait à remplir dans ce pays où flottent encore çà et là, dans la
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brume des landes, autour des pierres druidiques,. les dernières superstitions.
Il allait, le premier, la poitrine élargie sous cette soutane noire, à l’un des boutons de laquelle se nouait un mince ruban rouge, ruban gagné sur les champs de bataille de province, durant l’année terrible, alors que, jeune encore, il avait accompagné comme aumônier un bataillon de mobiles du Finistère, ne voulant pas abandonner, pendant le péril, au milieu des combats, ceux dontilavaitcommencéäêétrele guideet le soutien pendant les époques de repos et de paix.
Ayant fait jusqu'au bout la douloureuse et rude campagne, il lui en était resté dans le cerveau, dans les prunelles, dans le sang, une ardente passion de son pays vaincu, de la patrie, et cette passion, il se plaisait, en toute circonstance, à la communiquer, avide d’en étendre la contagion.
La France! Il aimait à en parler à ses paroissiens si humbles, aux rudes pêcheurs bretons ; ceux-ci écoutaient volontiers cet homme de chez eux, simple comme eux, rude comme eux, modeste comme eux, et qui, ainsi que le maître de port, Pierre Guivarc’h, décoré pour faits de guerre, ainsi que le patron du bateau de sauvetage, Corentin Garrec, Tonton Corentin, décoré pour avoir si souvent aventuré sa vie en sauvant les naufragés, portait sur la poitrine la croix conquise d’une manière héroïque et désintéressée.