‹ Le reboutouChapitre 6 sur 29 · US EL · texte numérisé non relu

US EL

enfant qu’elle lui avait confié en mourant et qui était devenu comme son fils.

Il eût voulu faire taire cette cloche qui continuait de tinter derrière lui, et dont les appels le poursuivaient, hérissant au fond de son âme cette latente inquiétude qui le torturait depuis quelque temps.

Aussi les conversations des Camaretoises et du mareyeur, roulant de préférence sur les dangers de la mer par ce temps de brouillard, le si habituel temps de la Bretagne, avaient-elles encore avivé et comme ranimé ses terreurs informulées. Il sentait un besoin d'y échapper, de fuir ces troublantes idées, en désaccord avec sa coutumière sérénité, avec sa confiance d'être robuste, le cerveau bien équilibré, avec sa foi sereine et convaincue.

De nouveau ses regards allèrent chercher, parmi ceux qui l’entouraient, le doux et charmant visage de Reine Balanec, s’y reposant avec une tendresse paternelle qui le raffermissait contre les idées sombres et mauvaises,

Il la connaissait depuis si longtemps; il l'avait vue si petite, gaminant sur le quai, puis une des meilleures élèves de l’école, la plus assidue au catéchisme, un exemple pour toutes ses camarades. Et les années avaient passé, elle avait fait sa première communion avec ‘une ferveur édifiante, passé des jupes courtes de l’enfant aux robes longues, et toujours elle revenait chercher la protection de l'Église, servant de

modèle de piété et de bons cobénite aux filles de Marie, comme elle avait servi d'exemple à ses compagnes du catéchisme.

A présent, elle était dans la plénitude de sa beauté calme et souriante, ménagère excellente, admirablement dressée par son père, dont elle tenait à merveille la maison, et devant certainement faire le bonheur de celui qui la choisirait pour femme. Élevée sévérement, dans le respect des vieilles coutumes familiales, dans l'atmosphère tranquille et simple de Camaret, elle n'avait pas, comme tant d’autres, l'ambition de devenir une dame, de quitter son pays de naissance pour aller à la ville, et d'abandonner la coiffe pour le chapeau à fleurs ou à plumes.

Pierre Kerbiriou, en la regardant, songeait qu’il serait bien heureux si son neveu consentait à prendre pour femme une jeune fille ressemblant à Reine Balanec; s’il comprenait bien les vagues insinuations du mareyeur, il lui semblait que ce dernier, malgré sa fortune, et quoique Denis Le Marrec ne possédât presque rien, en dehors de sa position dans la marine de commerce, ne serait pas éloigné de donner la préférence comme gendre au neveu que luimême chérissait tant.

Tout un rêve, déjà entrevu, remontait encore, traversant son cerveau d’une joyeuse lumière qui dissipait cette brume, dont l’enveloppement avait assombri son cœur etses yeux.

nu

Peut-être une fois marié, Denis voyageraitil moins ; peut-être se fixerait-il définitivement dans le pays, s’associant au commerce de poisson de son beau-père, s’enrichissant comme lui, et renoncerait-il à la vie de continuels périls, aux interminables absences, qui soumettaient le cœur de son oncle à de si violentes épreuves.

— On dirait que ça commence à se lever un peu, fit observer Balanec, indiquant une légère éclaircie derrière les moulins qui dominent Camaret.

Son bras montrait le sud-ouest, derrière les maisons, derrière la falaise, d’où venait la lente et continue poussée de la brume.

Pierre Kerbiriou, arraché à sa réverie, cut un sourire heureux, une exclamation de joie :

— Vous voyez bien qu'il fautavoir confiance : je vous le disais!

Déjà, par instants, la brume se divisant en minces coulées de fumée blanchâtre laissait apercevoir des parties de terrain, la tour pointue d’un moulin, avec ses grandes ailes rouges ou brunes, la maisonnette blanche du sémaphore de Penhat, dressant son télégraphe à signaux et son mât eflilé; des champs, des verdures, des pointes rocheuses se dégageaient successivement, tandis que la vapeur opaque devenant plus transparente, glissait en une fuite de plus en plus rapide.

C'était comme un gigantesque rideau de gaze

élevant peu à peu, découvrant progressivement s objets les plus variés, les plus inattendus.

Quand, ayant contourné le Styvel, dont les aisons sont attenantes à l’usine Foucher, au iteau de sauvetage, et relient le reste du ourg à la plage du Corréjou, ils atteignirent

Une partie du port redevenait visible avec toutes ses barques alignées.

> quai de Camaret, à la hauteur de la première ale, un peu avant l'Hôtel de la Marine, une artie du port redevenait visible, avec toutes ?s barques alignées, le bec tourné vers le suduest,

— On va donc voir enfin à s'y retrouver!

écria le mareyeur avec un soupir de soulageent.

IT

Ce fut comme un coup de théâtre, tout le pays apparaissait, sortant du nuage qui l’étreignai depuis la veille.

D'abord Camaret, avec ses maisons serrée les unes sur les autres, rangées le long du quai, et des toits d’ardoise s’entassant encore en ar rière de cette ligne droite, pour former, derrière cette partie, qu’on désigne maritimement sous le nom de Notic, le pâté compact du Bourg proprement dit, où se trouve la mairie e l'église.

Puis, pendant que, sur la gauche montaient les roches escarpées de la pointe du Grand- Gouin, en face du phare du Petit-Minou, ce furent, sur la droite, les falaises de la route conduisant à Quélern. Au-dessus de Trez-Rouz, des bras de moulins tournaient désespérément, encore dans le brouillard, l’un que l’on apercevait entier avec sa tour, l’autre, dont les bras

lépassaient le sommet de la colline, paraissant t disparaissant, et semblaient des bras de ‘éant qui se noie, qui jette des appels désesérés, de suprêmes gesticulations d’agonie au sein d’une eau morne, d’un ensevelissement im- )lacable, gagnant toujours, buvant une vie hunaine comme le soleil pompe une goutte de rosée. Tout à coup, sous une rafale, cette fumée aiteuse, bousculée, balayée, roula sur ellemême, se replia doucement, achevant de débarrasser le petit port, de laisser voir, le long de la bande de terre, la chapelle, où achevaient de mourir les derniers tintements de la cloche devenue inutile, le fortin rouge dressant ses pans coupés sous sa toiture d’ardoise, son pontlevis, toute une silhouette romantique de féodalité, et la mer apparut, immense.

Elle battait de ses vagues la muraille de rochers de la presqu'ile de Roscanvel, se perdait au loin, vers un horizon incertain, encore embué de vapeurs, ne permettant de distinguer ni la côte mouvementée du Léon, ni l'entrée du goulet de Brest.

Sur cette étendue, tachetée d’écume, des formes de bâtiments se montrérent, les unes après les autres, avec une quantité de barques ayant jeté l'ancre et qui avaient dû venir s’amarrer là, en rade, au salut, sous la protection de la chapelle, dont la cloche les avait réunies, Comme la trompe du berger rassemble le trou- Peau dispersé.

: AE NÉ rudes 7 ie di ve dé SE Ce N 'ORE ta PTE 8-1 .

4 R “s Lx »

— Oh! oh! observa Balanec souriant. M'est avis que la mer doit être fameusement lourde et qu’elle se mange au grand large, pour qui y ait tant de bateaux en rade !

— Il y a aussi ceux qui craignaient les hasards et les dangers de cette mauvaise brume, opina Louise Pennéguës.

Tante Rosalie compta :

— Deux bricks, un sloop; trois bricks-goélettes, un dundee, quatre lougres, deux vapeurs, quatre ou cinq yachts, et des Douarnenez, des Camaretois, à n’en pas savoir le nombre! Ah bien! en voilà une flottille!...On se croirait revenu aux anciens temps, que le port était si plein de bâtiments de commerce, qu'on ne savait où donner la tête !.…

Le mareyeur intervint:

— Oh! diable ! C’est du temps bien vieux que vous parlez là, tante Rosalie, du temps d'avant la navigation à vapeur, d'avant le quai, alors que la mer venait à la falaise, battait le Begar- Gal, qu’on entrait en barque tout de go dans les maisons de par ici, et que la contrebande était si facile ! Ah! ah! les douaniers n’y voyaient que du feu, pas vrai ?.…

— Oui, oui! poursuivit la veuve. Dites aussi que Camaret était un pays riche au lieu d’être un pays de misère comme au jour d’aujourd’hui; tout le monde avait de quoi vivre. Au lieu que maintenant on meurt de faim, quand la pêche ne donne pas, et, au dire de tous, la

sardine s’en va. Le vieux temps avait du bon, pour sûr |.

Mais Pierre Kerbiriou ne prêtait aucune attention à ce qui se disait autour de lui, comme s'il eût été entièrement pris par le spectacle intéressant du phénomène qui s’accomplissait en ce moment, cette apparition pour ainsi dire surnaturelle de tout un pays, encore invisible la minute d'avant.

Ses regards cependant n’allaient ni à droite du côté des lignes de Quélern et de la plagé de Trez-Rouz, ni à gauche du côté de Penhat et du Toulinguet ; ils se fixaient, immobilisés soudain, entre la chapelle et le fortin, plus loin que lé phare, dans la direction de la pointe Tremet, un des promontoires des falaises de Roscanvel.

Là, tout près des coffres flottants, corpsmorts où viennent s’amarrer les bâtiments de fort tonnage, un brick se balançait, ses voiles demi-repliées, des hommes visibles dans ses vérgues et dans sa mâture, comme s'il ne faisait que d'arriver en rade; un pavillon de commerce, à la pomme du grand mât, en compagnie des couleurs françaises, se distinguait difficilement, encore à moitié masqué par des fragments de brume.

Le curé, penché au bord le plus extrême du quai, avança la tête et le haut du corps d’un geste si brusque, que tante Rosalie s’exclama, prise de peur :

PAIN LE Pt,

tas \ PISE PLU NE ET.

LL, in

PSE PR APTE

Ce

Fi

res

Page 1