CONCLUSION
Si nous résumons maintenant dans une courte formule les rectifications que nous venons d'exposer, nous trouvons que le recensement de 1891, sauf la Colombie britannique, dont nous ne parlons pas, constatait dans la confédération un total de 1.970.098 catholiques : savoir 390.585 attribués aux Anglais et 1.413.506 aux Français. Nous avons rectifié ces attributions en élevant le nombre de ces derniers : 1.473.222 et réduit l'évaluation des Anglais catholiques à 496.76.
Nous avons en mème temps compendieusement exposé les raisons et la justification de ces changements.
Le résultat de ces opérations nous a montré que l'affaiblissement, systématique en quelque sorte, de la progression française, n'était cependant nulle part le résultat d’une crise, d’une catastrophe, pas mème dune émigration; on n'y voit aucune trace d'intervention du gouvernement anglais ou canadien; On ne peut même pas dire qu'une préoccupaiion sectairienne s'y manifeste; çar les catholiques pris dans leur ensemble, ont conservé l'allure normale de leur développement habituel.
Il s'agit simplement d'un changewnent d'étiquette dans la distribution relative des catholiques anglais et des catholiques français; ce sont les agents du recensement qui paraissent en ètre exclusivement responsables; si en quelques endroits rares, on entrevoit l'intention de réduire le nombre des catholiques, c'est une exception. Les altérations de la vérité se sont généralement produites par le déversement des recensés français, de la liste française dans la liste anglaise. Pourquoi certains Français ont-ils été habillés en Anglais? Se sont-ils subitement transformés par hasard? ou, par le résultat de leur réflexions, ont-ils réclamé ce changement? Ils prétendent que non! et les recherches que nous avons faites nous ont amené à sizaaler que la plupart ont été inscrits comme Anglais, les uns par subterfuge, les
autres par une pression plus ou moins accentuée, avant ou pendant le recensement.
Il n'est donc point étonnant que cette opération ait suscité les plaintes et les réclamations, dont nous avons reconnu l'exactitude. La
conclusion définitive de notre enquête a été de restituer au contingent français 63.438 personnes, dont 59.656 catholiques plus #.000 Acadiens non catholiques établis sur les côtes de l’est de la Nouvelle- Écosse. Cette rectification a relevé le nombre total des Français de la confédération en 1891, à 4.477.222 au lieu de 1.420.000, que portait le dénombrement officiel. La progression des Français pendant la décade de 1881, à 1891 a donc été de 13,70 0/0, ce qui correspond à peu près au chiffre ordinaire de leur croissance. Comme l’ensemble de la population du Canada s’est augmenté dans le même temps de 490.000 âmes ou 10 0/0, il en résulte que les Français pris à part se sont accrus de 13,70 0/0, et les Anglo-Saxons également pris à part, de 9 0/0 seulement. La diminution d'accroissement est donc énorme pour ces derniers, car certaines provinces anglaises comme l'Ontario, atteignaient, depuis 30 ou 40 ans, une moyenne d’accroissement qui dépassait 20 0/0; dans plusieurs comtés anglais on a même décru au lieu de croître, en 1891. C'est même là une des causes qui ont amené les fraudes ; on était désireux de masquer dans l’ensemble la dépression des populations anglaises et on espérait y parvenir par des virements opérés au détriment des populations françaises; mais nous avons coupé court à cette manœuvre, en restituant chacun à son origine naturelle. Ce travail a naturellement déterminé une réduction dans le nombre des catholiques anglais, parmi lesquels on avait placé les Canadiens sommairement transformés en Anglo-Saxons. Cette transformation, qui avait accru de 67.000 âmes le nombre de ces derniers, faisait supposer à leur profit une augmentation de 140/0 de 1881 à 1891; augmentation fort extraordinaire pour des groupes qui ne bénéficient habituellement que de 1 0/0 tous les dix ans! En restituant tous ces catholiques aux 6 divers groupes des Canadiens français, tous les calculs échafaudés par les recenseurs s’écroulaient : au lieu de 535.333 âmes, on ne retrouvait plus que 496.000 catholiques anglais dans la conféderation canadienne (sauf la Colombie); leur progression retombait de 67.000 âmes à moins de sept mille, et ils ne trouvaient plus qu’un faible boni de 1,50 0/0 entre 1881 et 1891. On comprend maintenant toute la portée des injustices que contmettaient les recenseurs; en abaissant démesurément la progression réelle des Canadiens, ils leur faisaient supporter une partie de la dépression que les circonstances avaient imposée à la population an-