‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 25 sur 100 · NOUS SOMMES SEPT · texte numérisé non relu

NOUS SOMMES SEPT

Un enfant, l'innocence même, et dont la vie s'évanouit comme une rose, n'a aucune idée du malheur : peut-il savoir ce que c'est que la mort?

J'ai rencontré une petite villageoise, qui n'avait pas plus de huit ans, ses cheveux épars tombaient sur ses épaules, ses joues étaient veloutées comme la pêche, ses yeux me parurent si beaux, si beaux, que je m'arrêtai pour la contempler.

— Avez-vous des frères et des sœurs, charmante pâquerette ? lui demandai-je

Elle me répondit en me regardant avec étonnement :

— Nous sommes sept !

— Dites moi... demeurent-ils avec vous ?

— Oh ! non, monsieur ; j 'ai quatre frères qui sont bien loin d'ici : deux à l'armée, deux sur la mer. Le dernier de mes frères et ma toute jeune sœur dorment ici près dans le cimetière. Nous sommes sept !

— Ce n'est pas possible. Deux sont marins, deux sont soldats et deux sont au champ de repos. Comment pouvez-vous être sept ?

— Oh ! répliqua la petite villageoise, Jean et Berthe sont couchés sous un grand arbre, leur tombe est verte et toute couverte de fleurs.

— Vous n'êtes donc que cinq au lieu de sept !

— Ce fut Berthe qui mourut la première ; mon frère Jean la suivit bientôt; je vais souvent tricoter auprès d'eux, et avant de les quitter, je leur adresse une prière.

— Vous ne les voyez plus, donc vous n'êtes plus sept !

— Je ne vous comprends pas, s'écrie l'enfant avec impatience. Je leur parle dans mes prières.

— Encore une fois, mon amour, si deux sont morts, vous n'êtes plus sept.

C'est en vain que je cherchai à la persuader, elle ne voulut pas en avoir le démenti.

— Monsieur, vous n'avez pas raison ; deux sont morts, il est vrai : mais ils vivent encore dans le ciel. Vous voyez bien que nous sommes toujours sept !...

Adolphe PoujoL.

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