UN COIN DE LA VIE
Dans la cage de fer, auprès des lions roux, Les tigres ont plié sous eux leur griffe traître. Les jaguars en grondant reculent vers leurs trous. Pleins de crainte : ils ont vu le dompteur apparaître ;
Sa volonté les tient mieux que tous les verroux, Son regard seul les fait ramper, — il règne en maître. Qu'il chancelle... aussitôt les fauves en courroux De vengeance et de sang accourront se repaître.
Telle est la vie. Un homme au pouvoir est monté, Il est grand ; on le craint, on l'adule, on le fêle, On l'enivre d'encens pour toucher à son faîte ;
Mais si quelque envieux vient, dans l'obscurité, Jeter la calomnie, arme aux atteintes sûres, Les bassesses d'hier se changent en morsures.
Miss E. Ehrtone.
PETITES NOTES
Nous commençons sur la première page la publication d'une biographie : Elisa Mercœur, par Georges Viau et Dominique Caillé, et dédiée à Miss E. Ehrtone, dons nous publions plus haut un magnifique sonnet.
Cet article, que nous avons lu avec une profonde émotion, sera bien accueilli de nos lecteurs : particulièrement des amateurs de belle et bonne poésie.
Nous l'empruntons à notre aimable confrère du Découpage pour Tous. Supérieurement rédigée, cette revue ne compte que des écrivains de mérite parmi ses collaborateurs.
Le rédacteur de V Etudiant, M. F. A. Baillargé, ptre, vient de recevoir une médaille d'honneur, qui lui a été décernée par le Conseil Supérieur de l'Association Universelle (Académie des Palmiers).
Nous applaudissons de toutes nos forces à cette récompense, qui honore autant ceux qui la donnent que celui qui la reçoit.
Nous attirons l'attention de nos lecteurs sur l'annonce et le sommaire des Soirées Littéraires, de la Revue Exotique Illustrée, du Découpage pour Tous, du Stétiographe Canadien, publiés sur le couvert.
HELIKA
MEMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ÉCOLE
No U
« Tout alla pour le mieux dans le jeune ménage. Deux ans et demi après leur union, une petite fille est venue prendre place auprès d'eux. Cette enfant est une fleur que les femmes se passaient tour à tour pour l'embrasser. La mère, la grand'mère, la pressaient à tous moments dans leurs bras. Ils étaient alors heureux et rien ne venait troubler leur bonheur, Paulo était disparu ; mais le génie du mal dont il était l'instrument planait sur la demeure de nos amis.
« Il y a, comme tu le sais, a une quinzaine de lieues du campement, une rivière qu'on appelle la Rivière aux Castors. Ses bords sont très giboyeux. La marte, le vison, le pékan et le loup-cervier s'y trouvent en abondance. Parfois aussi, l'ours et l'orignal viennent se désaltérer dans le crystal de ses eaux. Tu connais d'ailleurs tout cela.
<t Un jour Attenousse, avec un de ses amis, résolut d'aller y chasser pendant quelque temps. Ces deux hommes s'aimaient réciproquement et sans arrière-pensée.
■.. Us tendirent des pièges aussitôt arrivés dans cet endroit. La journée du lendemain se passa cà choisir les places les plus avantageuses, a parcourir la forêt et a dresser un camp. Attenousse à bonne heure le surlendemain s'était levé pour aller examiner leurs trappes. Il lui fallait pour cela, parcourir une grande dislance et son compagnon qui n'avait pas sa vigueur, dormait encore lorsqu'il partit.
(( Le couteau qu'il portait ordinairement, lui avait servi à dépecer à son déjeuner quelques pièces de venaison ; sur le manche était sa marque comme c'est l'habitude de tout sauvage de l'y ciseler, il oublia de le remettre dans sa gaîne.
« Lorsqu'il revint vers cinq heures du soir, un désordre affreux existait dans la cabane. Une lutte désespérée et sanglante avait dû avoir lieu, car le sang avait jailli et on en voyait les traces toutes fraîches.
(( Son malheureux compagnon, étendu par terre, râlait les derniers soupirs de l'agonie. Un couteau était enfoncé dans sa poitrine. Attenousse s'élança aussitôt, arracha l'arme de la blessure et vit avec stupeur que c'était le sien. Au moment où il le rejettait avec horreur, des éclats de rire se firent entendre, en se retournant, il aperçut la figure de l'odieux Paulo avec deux autres figures également patibulaires qui le contemplaient en poussant des ricanements d'enfer.
i< Ils portaient eux aussi sur leurs habits et leurs figures des traces du sang de leur victime. Ils en avaient même les mains rougies.
« Attenousse demeurait anéanti.
« Pendant ce temps, un des scélérats s'avança, saisit le couteau, le retourna en tous sens, le montra à ses deux associés et tous trois sortirent du camp en continuant leurs ricanements sataniques, proférant des paroles de menace et emportant avec eux l'arme fatale.
« Mais dans des natures fortes et énergiques comme était celle du mari d'Angeline, la réaction se fait vite.
(( Il se mit a leur poursuite, après avoir suspendu toutefois le cadavre de son ami jjour le mettre ;\ l'abri des bêtes fauves en attendant que ([uelqu'un de la tribu vint le chercher pour le déposer dans le cimetière de la bourgade ; ce qui donna aux meurtriers le temps de mettre une bonne distance entre eux et lui.
« Grand fut l'èmoi a la nouvelle qu'apporta Attenousse parmi ces bons sauvages, car la victime était très estimée par tout le monde.
« On assembla un conseil, et il y fut décidé qu'un parti de chasseurs iraii immédiatement chercher le corps du malheureux, tandis qu'Attenousse, accompagné de tout ce qu'il y avait de plus respectable dans la tribu, se rendrait faire sa déposition devant un juge de i)aix. »