L'ALBUM
Chaque jeune fille se fait im devoir de posséder un album auto:;raphe pour le faire rem])lir de lignes amies qui lui rappelleront plus tard, dans la vie, ses beaux jours d'autrefois et son temps de bonheur. C'est en effet une excellente idée. Dernièrement, je feuilletais, avec une personne qui compte à peine quelques années de vie conjugale, son album
de jeune fille. Sur une page, un ami du jeune temps avait tracé des souiiaits de bonheur, sur l'autre, un second lui avait demandé son amitié; puis les pages se suivaient et portaient toutes un souvenir et un nom d'ami. Ici on avait emprunté un morceau d'auteur dont on avait mis le nom, entre parenthèses, au-dessus du sien ; là on avait composé soi-même les lignes tracées. Toutes les pages étaient agréables et touchantes à lire. Quelquefois nous nous arrêtions plus longtemps sur (les lignes écrites par une personne faisant déjà partie du royaume des morts ; alors, l'attendrissement se lisait dans ses yeux.
Ah ! temps, temps cruel ! qui passe, ou plutôt qui court, en frappant de son glaive mortel, à droite et à gauche, quand donc, ô temps, viendra notre tour? Tu es muet; c'est que le livre de la vie est un secret inviolable.
N'est-ce pas ici le lieu de citer ces vers de l'illustre Victor Hugo :
Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte, L'homme voudrait toujours laisser quelque chose à la porte ; Mais la mort lui dit non
Ces paroles font frémir ; cependant le sens terrible n'en est pas moins vrai. Oui, nous devons tous passer par là, quel qu'en soit le jour et l'heure ; c'est certain, nous subirons, nous, comme nos pères, le destin et la loi de la mort qui frappe, sans distinction, tous les peuples et tous les hommes.
Mais, n est il pas doux de laisser un souvenir, n'est-il pas consolant et pour la personne qui doit survivre et pour la personne qui doit mourir, soit de lire des pages écrites par celui ou celle qui n'est plus de ce monde, soit de laisser des lignes sur lesquelles on pleurera en se rap- ]:)elant un ami ou une amie d'autrefois ?...
Permettez-moi, amis lecteurs et amies lectrices, de vous tracer en terminant deux petits morceaux en prose, propres à ces albums dont je viens de parler. Les voici :