‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 37 sur 100 · MARS 1890 MON PAYS · texte numérisé non relu

MARS 1890 MON PAYS

Un ange, après la chute du premier homme, emporta au ciel les fleurs suaves de l'Eden ; mais dans son vol vers Dieu, l'ange laissa échapper quelques belles fleurs dans un immense océan ! Aussitôt, ô merveille ! une terre s'éleva au-dessus des eaux azurées, une terre qui plus tard devra nourrir une race privilégiée, une terre dont le nom fait vibrer les cordes patriotiques de nos cœurs, une terre chérie que nous appelons Canada !

Un homme, poussé par le soufile puissant de la gloire, l'immortel Jacques Cartier, donna cette belle contrée à la noble France, et ce pays nouveau reçut dans son sein des colons français dont nous nous glorifions d'être les descendants.

Nous avons conservé nos coutumes, notre langue et nos institutions, malgré de nombreuses attaques dirigées contre nous par les conquérants de 1760. Le peuple canadien fut vaillamment défendu dans les Chambres par la parole puissante de Papineau père, de Bédard, et de Louis Chartier de Lotbiniére. Mais un nom cher à nous tous apparaît dans les pages héroïques de notre histoire ; c'est le nom d'un grand patriote, d'un orateur qui, comme un second O'Connell, défendit avec le courage du lion sa patrie outragée, et l'aima comme un tendre fils aime sa mère, et ce nom a jamais illustre, nous le proclamons, c'est Louis Joseph Papineau. Sa figure radieuse traversera les années ; elle sera pour nous cette étoile brillante qui, sur les flots irrités de la mer, remplit d'espoir et de courage l'âme du voyageur effrayé.

Au delà de l'Océan, à plusieurs centaines de lieues de nos rivages, dans la vieille Europe, se trouve une contrée d'où sont sortis nos aïeux. Parfois, dans nos rêves, nous la voyons; son nom seul nous transporte et remplit nos cœurs d'amour ; c'est une terre fertile en héros, et l'Eglise l'a nommée sa Fille ai/iée / c'est la France, c'est notre mère que nous aimerons toujours malgré ses torts et ses fautes !

La France reviendra, a dit le poète, oui, elle reviendra à la foi sublime de ses pères, elle reviendra à cette paix si douce que de basses passions lui ont ravie ! elle reviendra sur nos bords bénis, et, dans sa tendresse maternelle, elle nous pressera sur son sein !

O Canadiens, marchons la tête haute ! nous sommes d'une race illustre qui. aux cris de « Dieu le veut » répandait son sang pour la défense de sa religion ! Descendants de ces héros, nous sommes appelés à jouer un grand rôle dans l'histoire ; notre gloire, qui déjà apparaît resplendissante à l'horizon, grandira sous le manteau majestueux de la Foi ; elle sera l'écho fidèle de la noble et glorieuse mission de notre mère-patrie, et des sentiments d'amour que nous professons pour la France ; elle sera le prix immortel des efforts de ces courageux missionnaires qui tombèrent victimes de leur zèle évangélique sous la hache du cruel Indien.

Conservons religieusement cette langue si belle et si douce que nous a léguée la France, ces institutions qui sont la force morale de tout peuple ; propageons chez nos fils le souvenir de nos gloires nationales ;

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n'ayons pour devise que ces deux mots qui résument la vie de toute âme patriotique : Dieu et Patj'ie.

Respectons le prêtre, la femme et le magistrat, car de là dépendent le bonheur et la prospérité de tout peuple.

Redisons souvent dans nos cœurs ces beaux vers de notre poète national :

Sur ces bords enchantés notre mère, la î"raiice,

A laissé de sa gloire un immortel sillon ;

Précipitant ses flots vers l'Océan immense

Le noble St- Laurent redit encor son nom.

Heureux qui le connaît, plus heureux qui l'habite, Et, ne quittant jamais pour chercher d'autres cieux Les rives du grand fleuve où le bonheur l'invite. Sait vivre et sait mourir où dorment ses aieux.

[Ckemazie]

23 février 1890. V.x\\\ DuRAND.

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