‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 43 sur 100 · AVRIL 1890 UN DRAME AU DÉSERT · texte numérisé non relu

AVRIL 1890 UN DRAME AU DÉSERT

Le firmament est bleu azur; à l'horizon, il paraît se voiler de rose et de carmin qui s'accentue en rougissant. La scène est vraiment splendide. Quelques légers nuages se noient dans cet océan de sang qui apparaît à l'Orient. Du milieu de cette mer étrange, surgit bientôt un point plus lumineux, un astre brillant d'où partent une multitude de rayons qui s'en vont embrasant la terre. C'est le soleil qui se lève.

On est à la fin de mai, la terre est couverte de gazon et les arbres agitent leurs feuilles naissantes.

Si matinal que soit l'astre du jour, il n'a pas trouvé sur sa couche Talemduras, le brave Sioux. Talemduras était un jeune sauvage qui devait autant sa naissance aux Espagnols qu'à la nation chez laquelle il avait grandi. L'Amour l'avait touché de son aile enchanteresse ; le chef sioux aimait la belle et gracieuse Maritana, fille d'un noble Espagnol du Mexique.

Bien des années, déjà, s'étaient écoulés depuis la découverte de 1 empire de Montézuma. Cependant, on disait dans le pays qu'Omeldez, le père de Maritana, descendait de l'un des ofliciers compagnons de Sortez.

Omeldez, connaissant la bravoure et le courage du fier Talemduras, et ne voulant pas contrarier les goûts de sa fille adorée, consentit à cette union que les deux jeunes gens caressaient avec tant d'allégresse. Ils devaient s'unir à la prochaine lune.

Un matin, comme nous venons de le dire, Talemduras s'en allait selon son habitude, faire une promenade du côté de la demeure de sa promise ; mais quel ne fut pas son étonnement quand il s'aperçut que la maison d'Omeldez n'offrait plus qu'un monceau de ruines encore fumantes. 11 approche de plus près pour constater le sinistre. Au milieu du jardm, spectacle horrible ! il voit les cadavres mutilés d'Omeldez et de ses serviteurs ; il cherche partout, mais ne trouve pas la belle Maritana. u Par tous les manitous, par le dieu qui nous éclaire, dit-il en étendant la main sur le cadavre d'Omeldez, je te vengerai, mon père, et je retrou\erai la vierge espagnole. ))

Vn an s'est écoulé dejniis ce massacre, et Juin préside à la nature. Un globe d'or s'affaisse dans l'espace, c'est l'astre de la lumière qui salue un autre horizon, c'est le déclin du soleil, la fin du jour.

Sur un haut promontoire au bas duquel le Mississipi roule ses eaux magnifiques, un vieillard est agenouillé sur une roche ; il a les mains jointes, les yeux fixés au ciel ; il prie, il invoque le Dieu des chrétiens, le roi de l'LTnivers.

C'est l'ermite du Mississipi, c'est la Providence du désert. Soudain, il entend les mots de : Mon père, sortir de la bouche d'un nouveau venu; il se lève et voit devant lui un jeune chef sauvage dont l'accoutrement révèle le costume sioux. Le saint vieillard lui adressa de suite ces paroles bienveillantes : « Salut, mon enfant, qui que vous soyez, vous êtes le bienvenu dans ma solitude. >>

Talemduras, car c'était lui, salua profor,dément le Solitaire et lui demanda s'il n'avait jamais entendu parler de la tille d'Omeldez, qu'il croyait égarée ou prisonnière dans quelque coin perdu du désert américain. Au lieu de répondre à cette question, l'ermiie lui dit ces mots : « Si mon frère veut se reposer un peu, qu'il me suive et nous causerons ensuite sur le sujet qui l'a amené ici. »

Talemduras accepta l'offre bienveillante du père Damase. Ils gagnèrent ensemble la caverne du vieillard.

Après avoir servi au chef sioux un pain aussi blanc que la neige, un rayon de miel pur du désert et un vase rempli de beau lait de chèvre sauvage, le Solitaire demanda à son hôte de lui raconter son histoire. Ce dernier lui raconta le commencement de ses amours avec Maritana ainsi que la mort d'Omeldez, puis il continua en ces termes : « En laissant les ruines de la demeure de Maritana, je marchai au hasard et je découvris bientôt quelques traces de mocassins que je crus être celles des Opams, sauvages cruels et barbares. Je gagnai donc leur bourgade que j'atteignis au bout de quelques jours : je m'en approchai doucement et du plus près que je le pus. Je passai trois nuits, — car je ne faisais mes recherches que durant le repos de l'astre du jour, — à errer au milieu du camp ennemi. Persuadé que je m'étais trompé, j'avais fixé mon départ pour le lendemain, quand j'aperçus vers le soir, sortant de la case des vierges, une longue file d'indiennes et, au centre, Maritana entourée de vierges opams qui semblaient être commises a sa garde ; toutes elles épiaient le moindre de ses mouvements.

(( Les joues de la tîlle d'Omeldez étaient sillonnées de larmes et son visage était très pâle, mais elle n'en paraissait que plus belle. A sa vue mon cœur bondit d'allégresse, d'amour et de pitié ; je ne pouvais penser à l'aller délivrer seul, c'eût été nous perdre tous deux. Je pris le parti de retourner immédiatement à ma bourgade et de rassembler mes guerriers. Arrivé au milieu des nôtres, je leur racontai, en paroles éloquentes, — car la douleur l'est toujours, — l'acte des Opams. Je leur demandai de venger l'honneur de la nation, en vengeant leur chef, en me rendant mon épouse. Les Sioux s'émurent à mes accents, jurèrent tous de punir les ravisseurs de Maritana, et d'exterminer jusqu'au dernier des Opams. Nous levâmes la hache de guerre et dix jours après nous étions en route vers la bourgade ennemie. Je fus choisi pour commander l'expédition.

« Un soir que la lune prêtait s peine son pâle flambeau à une funèbre nuit, nous atteignîmes la bourgade ennemie et nous tombâmes sur les Opams avec des hurlements de mort ; ce fut un massacre épouvantable, les Opams périrent tous. Maritana me fut remise et nous nous éloignâmes de ce lieu sinistre ; je donnai le commandement de l'expédition à un autre chef, car je \oulais retourner seul avec la vierge espagnole. Les guerriers sioux ne tardèrent pas à nous devancer.

« Vous ne sauriez vous imaginer tout le plaisir que je goûtais à être ainsi isolé, seul, avec ma Maritana. Elle me raconta toute l'histoire de la surprise de sa demeure par les Opams et du massacre des siens tués en la défendant. Chamlon, un des chefs opams, lui avait déclaré son amour, elle l'avait dédaigneusement refusé ; il devait la forcer à demeurer avec lui, sous sa tente, le lendemain du jour de leur destruction.

En me racontant ces choses, des perles tombaient de ses yeux qu'elle fixait avec amour sur moi. Nous marchions tout le jour et nous nous reposions la nuit sur un rocher ou sur une petite colline. Souvent elle me jetait des regards qui me faisaient tressaillir d'amour. Quelle m 'apparaissait belle et charmante ! quand reposant sa tête adorable sur son bras gracieux, la brune Maritana bercée par de doux rêves, ressemblait à la blanche colombe ou à l'ange des amours ' Avec quelle volupté idéale je respirais le céleste parfum que répandait son haleine embaumée !

« Ah ! félicité des dieux, bonheur que j'ai éprouvé, puissiez-vous revenir un jour ! Non, non, je sens que tout est fini, je traîne inutilement une vie malheureuse !»

« Continuez, mon fils, lui dit le vieillard. »

« Excusez-moi, mon père, si je laisse entendre ces cris de mon âme, reprit Talemduras, je continue : Nous avions encore une nuit et un jour à marcher, nous touchions déjà au terme de notre voyage. La dernière nuit que nous devions passer en route, nous nous couchâmes comme d'habitude, nous ne tardâmes pas à fermer les paupières et à échanger la fatigue contre le sommeil. Vers minuit, j'entends prononcer mon nom par une voix qui me semble celle de Alariiana, je regarde à côté de moi, la couche de la vierge espagnole était vide. Mon sang se glace dans mes veines et mon cœur cesse un instant de battre. Je veux me lever, mais vainement : je suis lié de la tête aux pieds. Ah, douleur ! Je rompis néanmoins mes attaches et je pus reconnaître les traits des ravisseurs de Maritana. C'était Chamlon, le chef opam dont nous avons déjà parlé, accompagné de deux sauvages de sa nation. Ils étaient, sans doute, échappés seuls au massacre de leur bourgade.

(( Je rn'élançai à leur poursuite, mais ils étaient déjà loin ; je ne m'arrêtai, cependant, ni le jour, ni la nuit. Il y avait une lune et demie d'écoulee depuis qu'on m'avait ravi Maritana, quand j'aperçus un jour les deux sauvages opams qui avaient prêté leur concours à l'enlèvement. La rage dans le cœur, je m'embusquai derrière un énorme tronc d'arbre et j'attendis leur passage ; au moment où ils passèrent près de moi, je me levai subitement et j'abattis de deux mouvements, aussi prompts que l'éclair qui déchire la nue, les deux Opams. Puis je continuai à marcher et à chercher ; j'appris quelque temps après que Chamlon, le dernier de la race des Opams, a\ait été fait prisonnier et, qu'embarqué sur un palais flottant, on l'avait conduit, par delà l'Océan, dans un autre monde. Ainsi est disparu celui que ma vengeance n'oubliera jamais ! »

Talemduras ayant ainsi parlé, se tut et sanglota comme un enfant. A ces sanglots succédèrent un désespoir affreux, un délire sauvage. Le père Damase le regardait avec compassion.

« Calmez-vous, mon enfant, lui dit-il, vous êtes aveuglé par l'amour et les ])assions. Dieu aura pitié de vous, si vous êtes chrétien. »

'( Pardon, mon père, repartit l'enfimt des bois, je ne suis pas encore chrétien ; un missionnaire m'a cependant instruit des vérités de votre sainte religion, en même temps qu'il m'a enseigné à lire, à écrire et à parler la langue que nous employons maintenant. J'étais sur le point de recevoir le baptême quand la mort a frappé ce vénérable missionnaire pendant que j'étais à la chasse aux ours. »

La conversation du Solitaire calma un peu Talemduras; il resta plu-

sieurs jours dans la cabane de l'ermite qui acheva ses connaissances sur la divine religion et le fit chrétien. Cependant, une profonde mélancolie ne laissait pas d'envahir de plus en plus le cœur du chef sioux ; ses traits exprimaient la tristesse et presque le découragement. Croyant que depuis longtemps Maritana habitait la région des esprits, et poussé par le désespoir, il voulut s'empoisonner. Or, un jour qu'il était seul, il prépara un poison violent, et il le portait déjà à ses lèvres, quand le père Damase qui l'avait vu de loin, accourut auprès de lui et l'appela par son nom avec une telle autorité que Talemduras laissa tomber sur le sol le vase qui contenait la fatale liqueur.

Il Mon fils, mon fils, lui dit l'ermite du Mississipi, qu'alliez-vous faire là ? Vous osiez attenter à une vie qui ne vous appartient pas? O ciel I de quel crime ne vous rendiez-vous pas coupable ? Laissez aller le cours de votre vie, comme le fleuve laisse couler ses eaux. Le fleuve est fait pour couler comme vous pour vivre, jusqu'à ce que Dieu en marque luimême la fin. Vous êtes désespéré, vous n'êtes donc point chrétien ? Un enfant de Dieu doit toujours espérer en son père, et l'espérance doit briller durant la vie du chrétien, comme le soleil brille durant le jour.

« Mais, mon fils, sans l'espérance d'une récompense, d'une vie éternelle, pensez-vous que j'aurais laissé ma patrie pour m'ensevelir ainsi vivant au milieu de privations continuelles d'un désert? Mon père, a moi, était riche, noble, et la fortune m'offrait une place brillante dans le monde. J'ai, cependant, laissé toutes ces richesses, et l'espérance divine, seule, me console et me réjouit dans mes misères et mes privations. Personne ne passe sur cette -.erre sans éprouver de malheurs. Mais l'espérance, c'est la vie; sans elle, nous ne pourrions vivre ; à chaque instant la mort, suivie du néant, empoisonnerait les quelcjucs jours que nous avons à passer sur cette terre semée de misères, d'amertumes et de deuils. Si nous n'avions pas un but à poursuivre, quel désespoir ne devrait pas s'emparer de l'humanité entière ?

« Ce qui console dans les maux et dans les souffrances, n'est-ce pas cette étoile lumineuse, brillante, sainte et divine qui se nomme l'Espérance d'une autre vie ! Si l'espérance n'existait pas, alors, mon fils, vous pourriez, peut-être, vous jjlaindre avec droit. Mais elle existe, pure et sainte, et c'est elle qui guide le monde. Cependant, je le sais, il est des hommes qui ne la connaissent pas et qui crient dans leur ignorance impie qu'il n'y a ni ciel ni Dieu. Blasphème sacrilège ! Misérable folie 1 Ces hommes sont aveugles ou ils sont fous. Ils ne voient pas ou leur intelligence ne distingue pas le point lumineux qui plane sur la sphère humaine, vers lequel tout ce qui respire fixe les yeux et auquel s'attache l'homme, comme celui qui suspendu au-dessus d'un abîme effrayant joint toutes ses forces pour garder la corde dans laquelle il met l'espoir de son salut ; il en est ainsi de la colonne Espérance qui soutient le monde prêt à s'engoufi'rer à jamais dans les profondeurs éternelles, et qui leur promet une autre vie remplie de délices et d'harmonies divines.

« Ah, céleste Espérance ! tout nous dit que tu n'est pas vaine ; tout nous crie qu'il y a un Dieu ; tout, ici-bas. le proclame ! Plus nous avançons dans la vie, plus l'Espérance se montre brillante. Elle semble placée aux limites de la vie avec plus d'éclat et plus de beauté; c'est

que la divine religion l'illumine avec toute la splendeur du Maître de l'Univers. Ah ! sois bénie, Espérance suprême 1 Espoir divin d'une céleste vie ! » En prononçant ces dernières paroles, le Solitaire du Mississipi avait levé vers le ciel ses mains sacrées ; un rayon de sainteté semblait partir de son visage et monter jusqu'à l'Eternel.

Aux dernières paroles du père Damase, Talemduras se jeta à ses genoux et s'écria : u Pardon, père, je ne suis qu'un misérable, mais vos paroles m'ont rappelé à la raison ; je comprends l'étendue de mon crime, cependant, j'espère en Dieu et en sa divine volonté. Je veux, désormais, vivre en chrétien. » k Très bien, mon enfant, repartit le vieil ermite, vivez et espérez en Dieu ; qui sait si le Créateur ne vous récom- I)ensera pas, même sur cette terre. »

Depuis ce jour Talemduras changea complètement. La résignation et le reflet d'un cœur pur se voyaient sur son visage.

On était a la veille d'une fête de la Reine du Ciel ; le père Damase confessa plusieurs sauvages au nombre desquels se trouvait le chet sioax. Le lendemain au matin, il faisait u:i temps magnifique ; le ciel était brillant d'or et d'azur; le missionnaire, aidé du sauvage, éleva un autel sur le promontoire et l'auguste sacritici commença. Sur la verte pelouse émaillée de fleurs virginales, une multitude d'entants du désert étaient prosternés adorant leur Créateur. Qu'il était beau ! qu'il était sublime, de voir célébrer, ainsi, le sacrifice divin ! L'ermite du ^lississipi semblait être un nouvel Elie, ayant pour servant, un Elisée. Oui, car c'était vraiment touchant de voir Talemduras, ce pauvre sauvage si pieux, si recueilli et si radieux. Ah I sans doute, Dieu ne put s'empêcher d'exaucer l'humble prière de cette créature qui mettait en lui tout son espoir et tout son bonheur !

Le soleil lançait ses superbes et magnifiques rayons sur tout le désert. Le prêtre avait maintenant terminé la sainte messe et achevait ainsi que Talemduras, la prière d'actions de grâce. .

Au moment où ils se levèrent pour gagner la grotte, une vierge couverte d'un long voile s'avance vers eux. Elle s'arrête, soudain, à la vue du chef sioux, elle chancelle, elle tombe. Talemduras accourt vers elle, la relève, l'admire, mais l'émotion le gagne à son tour; cependant, il se maîtrise, pleure de joie et presse la vierge sur son cœur. Puis il l'a dépose moitié évanouie sur le gazon et s'écrie avec allégresse : « Merci, mon Dieu, merci ; soyez a jamais béni. » Se tournant vers le père Damase, il lui dit avec la même joie délirante : « C'est Maritana, c'est Maritana ! n Pendant ce temps, la fille d'Omeldez reprenait ses sens ; elle semblait ne pas comprendre tout le bonheur que Dieu lui procurait en ce jour heureux.

Maritana était parvenue s s'échapper des mains de Chamlon et s'était rendue toute épuisée près de la grotte du Solitaire qui l'avait soignée, et remise entre les mains de sauvages chrétiens qui demeuraient à quel- (pie distance de là. Le père Damase avait toujours évité de laisser rencontrer les deux jeunes gens, quoiqu'il sût, déjà, depuis longtemps leur histoire. Il n'en jugeait pas le jour venu ; c'est pourquoi il attendit, pour leur procurer ce bonheur, que le calme fût fait dans leurs cœurs. Quelques jours après, les sauvages de tous les alentours accouraient lour assister à l'hymen de Talemduras et Maritana. Ce fut le Solitaire lui bénit leur union ; ils se fixèrent pour quelque temps non loin de la

demeure du père Damase ; car il leur en coûtait trop de se séparer d'un SI bon père. Mais l'ermite du Mississipi avait près d'un siècle ; et il n'y avait pas deux lunes qu'il les avait unis, quand la mort arrêta le cours d'une aussi sainte vie. 11 s'éteignit à la chute des feuilles, au milieu de la douleur des nouveaux époux et de tous les sauvages qui lui devaient les lumières du saint Evangile. Avant de mourir, ayant Talemduras et Maritana à son chevet, il leur adressa ces dernières paroles : « Mes enfants, si le ciel vous a un instant éprouvés, c'est qu'il vous aimait ; aussi n'a-t-il pas été bien long à vous récompenser même sur cette terre. Soyez toujours fermes dans la sainte religion et aimez toujours votre Créateur. Ayez sans cesse devant les yeux, le tableau de la vie humaine, le peu de temps que chacun doit passer sm- cette terre, et l'autre vie qui sera éternelle. Vivez pour Dieu, car nous sommes trop peu de chose sur la terre pour vivre pour nous-mêmes. Je vais mourir aujourd'hui, avant même que le soleil disparaisse à l'horizon. Souvenezvous un peu de moi dans vos prières. Je sais que j'ai passé dans le monde comme une ombre incertaine, je sais que dans une heure j'aurai vécu, que Dieu aura sonné mon heure suprême et que je paraîtrai devant son grand tribunal, mais qui se dévoue pour son maître ne craint pas sa vue. Aussi, j'ai hâte de m 'envoler vers mon Dieu. Que mon corps he réduise en poussière et que cette poussière soit dispersé aux quatre vents du monde, peu m'importe, pourvu que mon âme jouisse de la béatitude des élus. Adieu, je vous bénis, mes enfants, que le Ciel daigne ratifier la bénédiction du pauvre Solitaire. )•

L'ermite du Mississipi avait à peine terminé ces touchantes paroles, qu'il rendit à Dieu sa belle âme. La bénédiction du missionnaire ne fut pas vaine sur Talemduras et Maritana, car ils vécurent longtemps dans une harmonie parfaite, dans un amour pur et dans un bonheur sans mélange.

Rodolphe Bruxet.

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