LE CHERCHEUR
A M. E. Z. MASSICOTTE
Il est un homme vaillant et sage qui ne cherche que la vérité, il est un patriote ardent et convaincu qui ne respire qu'amour pour son pays, et dont le plus grand désir est de faire aimer sa patrie, il est un érudit profond et consciencieux, qui cherche, sans cesse, dans les ténèbres des âges l'aurore du jour, de la lumière ; et cet homme, ce patriote, cet érudit n'aspire qu'à la plus grande gloire du pays qui l'a vu naître. 11 a un seul drapeau, et ce drapeau patriotique renferme dans ses plis deux mots qui résument toute l'intelligence et tout le patriotisme d'un héros : Pro Patria.
Voilà, en résumé, l'œuvre du chercheur, voilà l'ouvrage et le but de cet homme qui dédaigne richesses et honneurs pour le plaisir de travailler et de découvrir un oasis de vérités au milieu d'un désert d'ignorance et d'oubli. Comment pourrait-on ne pas appeler illustre citoyen et grand patriote celui qui travaille ainsi à l'histoire glorieuse de son pays ?
Ah : c'est en vain qu'on criera contre ces hommes sublimes, car le cœur qui bat sous leur poitrine est là pour leur rappeler que le ciel leur a donné un noble devoir à accomplir et que la Patrie attend d'eux son histoire intimement liée à sa gloire.
Les peuples de l'antiquité décernaient des palmes et des couronnes à ces hommes illustres qui allumaient d'un feu immortel le Hambeau de gloire de leur patrie.
Le génie humain, lui-même, se perd en conjectures dans l'admiration de ces aigles audacieux qui s'élancent dans l'espace immense de la pensée pour percer les nuages, bornes de l'esprit de l'homme et pour s'élever jusqu'au haut de la sphère du Beau et du Vrai. Les chercheurs sont les ouvriers de la pensée, et l'intelligence leur ouvre ses secrets.
On a dit : « Un bon citoyen doit souvent ajouter à tous les sacrifices faits à l'ordre social celui de ^a. pensée même. » Voilà, sans doute, le mobile puissant qui pousse ces âmes patriotiques qu'on nomment : Chercheurs à travailler si ardemment pour une cause en apparence si stérile quoiqu'en réalité bien grande et bien sublime !
Comme les anciens nous devrions décernera ces princes de l'intelligence des palmes et des couronnes, mais à coup sûr la Patrie ne peut oublier ceux de ses enfants qui travaillent avec tant d'ardeur à orner davantage l'immortelle et glorieuse auréole que ses héros ont posée sur son front.
Montréal, juillet 1890. Rodolphe Brunet.
Nous accusons réception de La Tribune, journal hebdomadaire de St-Hyacinthe. Directeur-Propriétaire, M. A. Denis ; Rédacteur, M. P. U. Vaillant. Ce journal, qui se compose de huit grandes pages, est très intéressant à lire. L'abonnement n'est que d'une piastre par an.
BIBLIOGRAPHIE
FEUILLES MORTES ! récits, nouvelles, poésies, par Victor Compas. Paris, " Les Auuales Gauloises ", 17 rue du Comînandeur.
Habitué à parler un français démodé, fourmillant d'archaïsme, n'ayant pas suivi la marche précipitée de nos cousins de France, il nous est difficile d'apprécier à sa juste valeur la littérature tout à fait nouvelle de la vieille France.
Depuis longtemps nous conservons notre admiration pour les classiques, et si nous nous permettons quelques fois la lecture de Hugo, Lamartine, Musset, c'est pour revenir bientôt à Racine ; si nous jetons un coup d'œil sur Daudet, Bourget, Halévy, Theuriet, c'est pour reprendre Chateaubriand.
Aussi en sommes nous aujourd'hui à regarder comme des blasphémateurs, des profanes, les jeunes de l'ancienne mère patrie qui veulent nous donner la quintessence de la décadence ou nous montrer la nature dans son côté sombre, sous prétexte de réalité.
C'est pourquoi mon charmant confrère Victor Compas me pardonnera si je fais quelques réserves en parlant de ses Feuilles Mortes ! volume de prose et poésie où l'auteur semble, à dessein, avoir réuni des notes harmonieuses et quelques notes discordantes, afin de faire mieux goûter les premières.
Les notes harmonieuses sont la plupart dans ses poésies et une ou deux nouvelles ; les notes fausses, dans le style coupé, haché, meurtri, qu'il emploie dans ses récits, des répétitions inutiles dans ses vers et des lieux communs. On s'aperçoit que l'auteur aime le genre nouveau dans la forme sinon dans les pensées ou les sujets.
Puis, il a des audaces à faire frémir nos cœurs américains.
Cependant tout cela a été admiié, loué sans restriction par des écrivains distingués ! Il faut donc se plier et dire avec eux : Monsieur, votre livre a des beautés... et les laideurs qu'il renferme sont des perles au milieu de saphirs... car comme je le disais au début, nous sommes tellement arriérés qu'il est impossible de juger convenablement les littérateurs de nos jours résidant au beau pays de France.
Non ; j'ai donné mon opinion et je la crois bonne et puis Monsieur Compas, j'en suis sûr, le reconnaîtra lui aussi, et dans une seconde édition il fera disparaître ces taches qui déprécient son ouvrage, et lui assurera une place honorable parmi les gens de lettres.
Edouard de Saint- Luc.
Les Annales Gauloises, directeur, Henri Bossanne, 17 rue du Commandeur, Paris. Sommaire du dernier numéro • Chronique, par H. Bossanne — Une chanson inédite, par Pierre Dupont — Les hommes de lettres chez eux, par Léon Riotor — Catherine, par Henri Réveillez
Joli mois de Mai, par Ernest Chebroux — La reine Marguerite à
Damiette, par L. L. Berthaut — Les dandys, par Eugène Chenal — Marie, par V. Compas — Dans les lettres, Au théâtre, par L. Dequillebecq — Le Temple de la Faribole, par F. Rivière — Analyses littéraires, par J. Renaud et X. — Nos collaborateurs, Divers, Petit courrier, etc.
PETITES NOTES
Nous accusons réception du numéro 2 de La Mère et V Enfa7it, publication mensuelle dirigée par le Dr Séverin Lachapelle. Le but que s'est proposé l'éminent directeur de cette publication indispensable est celui-ci : « Diminuer le chiffre de la mortalité enfantine, en enseignant à la jeune mère les choses nécessaires à la santé, et en la guidant auprès de son enfant malade. » Nous ne saurions trop recommander cette publication à nos lectrices. — Adressez toute communication à M. Séverin Lachapelle, M. D., boîte de poste 1754, Montréal.
Le Courj'ier du New Hampshire, tel est le titre d'un journal hebdomadaire publié à Manchester, N. H., par la Société de Publications Françaises de Manchester. Ce journal, qui est très intéressant, compte neuf ans d'existence. L'abonnement n'est que d'une piastre par an.
Nous accusons réception du Trijïîivien, publié à Trois-Rivières par ^L P. V. Ayotte, et rédigé en collaboration. — La rédaciion de ce journal nous a causé un vif plaisir en reproduisant le sommaire de notre dernière livraison. Nous lui sommes très reconnaissants de cette marque de sympathie et nous lirons toujours avec plaisir Le Trifliivieii.
Nous venons de recevoir le Courrier de Louisevilk^ journal hebdomadaire publié à Louiseviile dans les intérêts du District des Trois- Rivières et du Comté de Maskinongé. M. A. I. Gravel en est le propriétaire et M. L. P. Dallaire le directeur-gérant. — Nous avons remarqué dans le dernier numéro une jolie poésie : Petits oiseaux, chantez toujours, publiée sous la signature d'« Une amie. «
Nous sommes heureux d'annoncer à nos lecteurs, que notre bienveillant ami et collaborateur, M. E. Z. Massicotte, vient de passer avec succès les examens préliminaires à l'étude du droit. t.
Au moment de mettre sous presse, nous recevons les quelques lignes qui suivent de Béziers (Hérault) France :
Monsieur V. Grenier, Directeur du Recueil Littéraire,
à Ste-Cunégonde, Canada.
Je viens de recevoir votre gentille revue, numéro du 1er Juin. — Elle me plait beaucoup et dans le cas où vous voudriez bieu me l'adressez désormais « titre yracieiux, il me serait agréable de devenir votre collaborateur et de vous envoyez de temps à autre quelques bluettes.
J'espère que vous accepterez ma proposition et je vous présente en terminant, avec mes remerciements, l'assurance la plus sincère de mes meilleurs sentiments.
A. Ellivedpac.
P. S. ■ — • Mes amitiés, je vous prie, au sympathique Joseph de la Rochelle, l'aimable directeur du Sténograjylie Canadien, que sans doute vous devez connaître.
Le mois prochain j'aurai le plaisir de vous oflrir un exemplaire de quelques unes de 3nes œuvres poétiques entr'autres les EllivediMciennes illustrtes et 3Ies jia^nllons.
Nous acceptons avec plaisir la proposition de M. Ellivedpac, et ses poésies trouveront toujours une franche hospitalité dans notre revue.
HELIKA
MÉMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ÉCOLE
No 23
Leur intention était de se diriger vers les îles de Kaniouraska où- ils se tiendraient cachés pendant une quinzaine de jours pour détourner les soupçons, puis ils se rejoindraient à l'Islet aux Massacres.
Ils devaient de plus incendier la demeure d'Hélika, saisir la vieille et le chef à qui, d'après les conventions, ils ne feraient aucun mal, les lier fortement tous les deux de manière à les mettre hors d'état de donner l'alarme.
Au récit de ce diabolique projet je voyais les yeux de l'indienne briller comme des tisons ardents à l'idée des outrages que sa petite fille pourrait endurer parmi de tels brigands. Pour moi des transports de rage indicible me saisirent, d'un rude coup de poing je fis voler la table en éclats. Ah ! oui je sentais bien alors le sang de ma jeunesse se réveiller. Je voulais prendre mon fusil, courir au devant d'eux et les tuer comme de misérables chiens enragés. La vieille mère aussi s'offrait de s'armer d'une carabine et de venir avec moi à leur rencontre. Tous les deux nous étions exaspérés, mais Baptiste plus calme réussit à nous tranquilliser.
Je lui demandai l'explication du cri du merle siffleur que nous avions entendu pendant sa sortie de la soirée. « Vous en saurez quelque chose demain matin, dit-il, l'invention n'est pas de moi, elle est du Gascon et du Normand. Soyez sans inquiétude, nous veillons sur vous tous. »
L'étoile du matin allait paraître quand Baptiste, après nous avoir serré la main, se glissa sans bruit dans l'ombre comme s'il en eut été le génie.
Quelque temps après son départ et avant que le bedeau vint sonner l 'angélus, vous eussiez pu voir un homme agenouillé sur les dégrés du perron de l'église attendant en grande hâte qu'elle fut ouverte pour y entrer. Cet homme était tout défait. Sa figure était pâle et cadavéreuse. Il regardait de tous côtés d'un œil inquiet et inquisiteur. Lorsque le curé entra dans la sacristie pour dire la messe, il le supplia de vouloir bien le confesser.
C'est qu'en se rendant chez lui le soir, le louche, car c'était lui, avait vu et entendu des choses bien terribles.
Dans le sentier qu'il devait parcourir pour gagner son habitation, il passait à travers de grands arbres sombres et poussés entre deux rochers. Tout à coup, une boule de feu vint tomber à ses pieds. Il s'arrêta stupéfait, ses cheveux se dressèrent d'épouvante. A deux pas en face de lui, un être étrange, diabolique, ayant des yeux rouges, une bouche ouverte qui laissait apercevoir des dents de la longueur du doigt, était immobile au milieu du chemin. Il avait en guise de mains des pattes ressemblant à celles d'un ours avec des griffes beaucoup plus longues qui s'étendaient vers lui. Il put voir cette apparition à la lueur que jetait le globe de feu.
La tête du monstre était surmonté de deux cornes énormes.
Il entendit en même temps un bruit de chaînes. Il se tourna dans l'intention de rebrousser chemin, mais une seconde boule de feu tomba en arrière de lui. Un autre diable plus terrible encore s'il était possible, que le premier, dont la bouche lançait des flammes, lui barra le passage. Dans sa main, il tenait une fourche énorme tandis qu'audessus de sa tête, un troisième globe de feu roulait dans les airs en sifflant et laissait tomber sur lui une pluie d'étincelles.
« Le louche, dit le premier diable, dont la voix caverneuse ressemblait a s'y méprendre à celle des enfants des bords de la Garonne, cadédious, mon bon, nous venons te chercher au nom de Satan. Tu as tait assez de mal comme cela, tu nous appartiens corps et âme. » L'autre voix en arrière reprenait : « Nous allons t'amener rejoindre Paulo en enfer, depuis une heure nous l'y avons conduit. » On entendait une autre voix avec un rire sec qui disait : « Nous allons en faire un fricot avec vous tous. » Puis les deux autres diables s'approchèrent de lui pendant que la boule de feu venait lui roussir les cheveux. Il allait s'affaisser lorsqu'il en ressentit la chaleur. Se signant à la hâte, il s'élança d'un bond prodigieux en avant d'un des diables qui, effrayé sans doute par le signe de croix, lui avait livré passage.
Il prit sa course, mais une course plus rapide que celle du meilleur lévrier ; malheureusement les diables eux aussi courent fort vite et les boules de feu l'eurent bientôt rejoint, tantôt le précédant et le suivant. Pour les éviter, il faisait des sauts de béliers, poursuivi toujours par le même bruit de chaînes et les mêmes ricanements. Hors d'haleine, sentant ses jambes fléchir sous lui, il arriva enfin à sa cabane ; mais, a sa grande stupeur, elle était toute réduite en cendres. Il s'arrêta terrifié. Une détonation venant d'en haut lui fit lever les yeux. Il aperçut des globes de feu énormes' et de toutes les couleurs qui menaçaient de lui tomber sur la tête. A cette vue, il reprit sa course désespérée, toujours poursuivi par les mêmes fanfares infernales.
Enfin, a force de se signer et de recommander son âme à Dieu, il put faire disparaître tous les diables. Il gagna le village, toujours en courant, et alla se réfugier, comme on l'a vu, sur le perron de l'église.
Telle fut l'histoire qu'il raconta au bedeau et dont je donne ici le résumé.
Celui qui eût visité la caverne des fées le jour précédent, aurait été étonné de voir le genre d'occupation auquel trois hommes se livraient.
Deux cousaient ensemble des morceaux d'écorce de bouleau percés de trous à l'endroit des yeux, de la bouche, et ornés d'un nez énorme. De temps en temps, ils s'ajustaient ces masques sur la figure en riant de bon cœur à l'apparence qu'ils leur donnaient.
Bidoune, d'un autre côté, (car le lecteur a sans doute reconnu que la mascarade qui avait causé une si grande terreur au louche, était une pure invention du Gascon et de son ami pour débarrasser la paroisse de cet homme traître et méchant) adaptait au bout d'une perche un paquet d'étoupe. Des boules enduites de térébenthine étaient à côté de lui.
Tout en travaillant, on se distribuait les rôles. Bidoune devait grimper dans le haut d'un arbre pour lancera point nommé la seconde boule préalablement enflammée. La première était réservée au Gascon qui la pousserait à coups de pieds en avant du louche pendant que Bidoune
l'empêcherait de retourner en arrière avec la sienne en poussant des rires homériques que le i)aiivre malheureux prenait pour des ricanements infernaux.
Il est inutile de dire que l'étoupe que Bidoune faisait jouer au bout de sa perche et qui laissait tomber des étincelles constituait le globe de feu venant des airs. Une simple figure, avait produit la détonation.
La cabane avait été incendiée parce que Baptiste dans la recherche de sa poule y avait découvert les armes et les provisions nécessaires a l'enlèvement. Le canot, soigneusement cach'é dans les branches, les avirons, la hotte et des cordes y avaient été transportés et le tout avait brûlé ensemble.
Leur plan avait réussi, jamais le louche ne reparut dans ces endroits.
Les trois ombres de la caverne des fées qui avaient causé tant d'effroi aux braves habitants de Sainte-Anne, sont maintenant expliquées.