‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 73 sur 100 · XX. l'hôpital GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

XX. l'hôpital GÉNÉRAL

La guerre entre Paulo et mon Adala allait donc se continuer avec plus d'acharnement que jamais. J'avais espéré vainement que la leçon qu'il avait reçue, lors de sa première tentative d'enlèvement, lui aurait profité ; mais puisqu'il redoublait de rage, c'était à moi de pourvoir au salut de mon enfant et de la mettre hors des atteintes de ce tigre à face humaine.

Je dois l'avouer, si j'avais usé de ménagements envers lui, c'est que je me sentais coupable des mauvais exemples que je lui avais donnés et dont il n'avait que trop profité, je lui avais fait dire, combien je regrettais mon fatal passé ; je lui avais même envoyé de l'argent pour qu'il put vivre honnêtement et abandonner le sentier du crime. Il parut accepter ces conditions et garda la somme d'argent qu'il dépensa en orgies crapuleuses et à préparer des plans diaboliques.

Le lendemain soir, Baptiste revînt chez moi pendant que nous étions seuls, je lui fis part du plan que j'avais conçu de mettre Adala et sa grand'mère en sûreté et de donner ensuite la chasse aux bandits. Il m'approuva de tout cœur.

Ce qui me faisait hâter davantage c'est que la rumeur rapportait qu'un meurtre atroce avait été commis à une douzaine de lieues de l'endroit que j'habitais.

En voici les détails ; Deux sauvages étaient entrés dans la maison d'un riche et honnête cultivateur. C'était un dimanche et tout le monde assistait au service divin. La mère de famille était restée seule avec deux petits enfants dont l'aîné pouvait avoir sept ans et le plus jeune cinq.

Cette jeune femme était très hospitalière et très charitable, aussi accorda-t-elle volontiers la nourriture que les deux sauvages avaient demandée en entrant.

Lorsqu'ils eurent pris un copieux repas, ils exigèrent de l'argent.

La pauvre mère comprit alors qu'elle avait affaire à des scélérats et qu'elle pouvait redouter les derniers outrages. Elle chercha à gagner du temps espérant qu'on reviendrait bientôt de l'église lui porter secours.

Par malheur pour elle, la messe avait été beaucoup retardée, le curé

ayant été obligé d'aller administrer les derniers sacrements à un homme mourant.

C'est alors que Paulo, saisissant son tomahawk en asséna un coup terrible sur la tête de l'infortunée qui tomba assommée. Deux crimes affreux furent accomplis ensuite.

Les infâmes firent des recherches dans tous les coins de la maison et découvrirent une somme considérable d'argent qu'ils séparèrent entre eux puis ils disparurent.

Les enfants avait été enfermés dans un cabinet pendant l'accomplissement de ce draine odieux. Le complice de Paulo les avait menacés de sa hache avec des imprécations effroyables et jurait de leur fendre la tête s'ils proféraient une parole ou essayaient de sortir.

Les pauvres petits s'étaient blottis l'un près de l'autre demi-morts de terreur, n'osant pas pleurer et retenant leur respiration.

Lorsque le bruit eut cessé, le plus âgé se décida à s'avancer tout doucement vers la fenêtie. Il aperçut les deux bandits qui fuyaient dans la direction du bois. Ils sortirent alors de leur cachette, ouvrirent la porte de l'appartement où ils avaient vu leur mère pour la dernière fois. Une mare de sang inondait le plancher. Hélas ! la pauvre femme n'était plus qu'un cadavre.

Je renonce à peindre la scène déchirante qui s'en suivit, les larmes et les cris de désespoir des malheureux enfants.

Enfin la messe était terminée et le père revenait tout joyeux avec les autres personnes de sa famille, lorsqu'ils rencontrèrent dans l'avenue les deux enfants qui couraient éplorés en criant : « papa, papa, viens donc vite, maman est morte il y a des hommes méchants qui l'ont tué. » Le père en ouvrant la porte ne connut que trop la triste vérité.

Cette nouvelle que je rapportai à Baptiste fut confirmée le lendemain par des documents officiels et certains.

Par la désignation que firent les enfants, je reconnus mon ancien complice.

Ce récit expliqua à Baptiste pourquoi à pareille date, il avait perdu les brigands de vue, pendant plusieurs jours. C'était pour dépister leurs poursuivants qu'ils étaient revenus sur leurs pas jusqu'au lieu où ils avaient commis ce meurtre.

Il n'y avait donc plus de temps à perdre. J'envoyai Baptiste louer une barque et le même soir à neuf heures, Adala, x'\glaousse et moi, nous voguions sur le fleuve poussés par un bon vent. Douze heures après, nous entrions dans la rivière St-Charles et débarquions près de l'Hôpital Généial de Québec.

Baptiste et les amis devaient rester dans ma maison pendant mon. absence et se tenir prêts à tout événement.

Revenons à notre voyage. Nous allâmes frapper à la porte du parloir du couvent. Une jeune sœur vint au guichet. J'avais tant hâte de savoir si mon enfant y trouverait asile et confort que sans autre préambule je demandai la permission de visiter les salles, prétextant qu'il devait y avoir une de nies connaissances qui était là depuis plusieurs années.

{à suivre) Dr Ch. de Guise.

1er AOUT 1890

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