‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 81 sur 100 · XXI. — LA CHASSE À l'homme · texte numérisé non relu

XXI. — LA CHASSE À l'homme

Tout en dirigeant ma barque vers l'endroit où je devais rencontrer mes amis, je suivais tristement le sillon qu'elle traçait et me représentais combien était heureuses ces vagues qui paraissaient remonter, de se rapprocher des êtres chéris que je venais de quitter, pendant que je m'en éloignais peut-être pour toujours.

C'était avec peine que je refoulais au fond de mon âme, les pleurs qui voulaient s'échapper de mes yeux au souvenir des adieux et de la séparation qui devait être bien longue.

Pourtant après ces quelques instants d'attendrissement, mon énergie et ma force morale me revinrent.

Ma détermination d'en finir pour toujours avec Paulo se fixa plus inexorable que jamais dans mon esprit. Mes compagnons, j'en étais sûrs ne mettraient pas moins d'acharnement que moi a leur poursuite. Plus je songeais à leurs affreux forfaits et plus je sentais un désir implacable de m'emparer d'eux vivants ou de les faire disparaître. Ce fut dans cette disposition d'esprit que j'abordai à Sainte-Anne, à l'extrémité ouest du Cap Martin, dans une petite anse qui se trouvait vis-à-vis de ma demeure.

J'allai frapper à la porte et me fit reconnaître. Tout le monde était sur pied ; certes mes amis faisaient bonne garde, ils avaient entendu mes pas.

Nous passâmes le reste de la nuit à faire nos préparatifs de départ, pendant que je leur racontais les incidents de mon voyage. Il avait été convenu entre Baptiste et moi que nous commencerions notre chasse immédiatement après mon arrivée.

Tout le monde dans le village savait quelle était la nature de l'expédition que nous allions entreprendre ; aussi, connaissant à quels dangers nous allions être exposés, faisait-on des vœux pour notre succès, tant les bandits inspiraient de terreur. Des prières étaient faites chaque soir dans les familles, pour que Dieu nous ramenât sains et saufs.

Cependant la vue de la barque avait appris mon arrivée à mes bons amis, qui connaissaient le but de mon voyage, sans savoir en quel lieu j'avais laissé mon enfant ; le curé seul en était informé. A bonne heure le lendemain matin, une douzaine des habitants les plus aisés et les plus respectables, ayant le bon prêtre en tête, vinrent et nous offrirent tout ce qu'ils croyaient nous être nécessaire pour notre excursion, provisions, habillements et munitions. Mais nous étions amplement pourvus de tout cela. Nous les remerciâmes avec effusion et nous prîmes le chemin des bois accompagnés de leur souhaits et de leurs vœux.

Il était facile au calme et a la détermination de nos figures de voir combien nous allions mettre de persévérance et de fermeté dans la chasse que nous entreprenions, bien que ceux que nous allions combattre fussent presque deux fois plus nombreux que notre parti, puisque Paulo et son ami avaient recruté les sept autres sauvages.

J'avais pris le commandement de l'expédition.

Un mot personnel sur ma petite troupe.

Bidonne était un homme de six pieds trois pouces, brave et infatigable comme l'étaient les trappeurs canadiens de ce temps là. Sa force était herculéenne. Quand une fois il était sorti de sa placidité ordinaire, il devenait furieux et indomptable comme un taureau blessé. Une fois déjà pris par cinq sauvages, il s'était vu attaché au poteau du bûcher et grâce à sa force musculaire, il avait rompu ses liens, saisi une hache, engagé contre tous les cinq une lutte désespérée où trois étaient tombés sous ses coups, le quatrième mortellement blessé et le dernier avait pris la fuite. Ce qui lui donnait encore plus de désir de se joindre à nous c'est que ceux qui s'étaient emparés de lui et qui voulaient le brûler, faisaient partie de la bande où Paulo avait recruté ses nouveaux complices. Lorsque je lui avais communiqué mon plan d'attaque, Bidonne s'était frotté les mains avec délices.

Les deux Français eux aussi étaient de puissants et fermes auxiliaires. C'était deux hommes aux muscles d'acier, au cœur franc et loyal, braves et rusés, qui avaient été formés à l'école de Baptiste. Il m'est inutile de parler de ce dernier, le lecteur le connaît déjà.

Avec de tels hommes, je pouvais tout tenter. Le point que j'avais décidé d'exploiter était le lieu qui leur servait de repaire, lorsque Baptiste avait poursuivi Paulo.

Plus nous avancions dans les bois et approchions de cet endroit, plus nous nous convainquions que nous ne nous étions pas trompés dans nos prévisions, car les traces de leur passage devenaient de plus en plus évidentes.

{à suivre) Dr Ch. de Guise.

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