‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 94 sur 100 · CICÉRON · texte numérisé non relu

CICÉRON

Au milieu de Rome, au centre de la maîtresse de l'univers, sur le sol italien, naquit l'immortel Marcus TuUius Cicéron, dont le nom brille en lettres d'or au fronton de l'antique patrie romaine, et sur la première page de l'histoire des grands hommes et des bienfaiteurs de leur pays. Ce père de la patrie, — ainsi l'appelait ses contemporains et ses concitoyens, — perfectionna jusqu'au plus haut degré les lettres latines et fit de sa langue la plus belle après celle de Démosthènes.

Son Pro Milane, ses Catilinaires, ses Verrines, sa République, ses Lois resteront toujours en immortalisant son nom et en assurant une vie aussi longue que celle du monde à une langue qu'il a empêchée de tomber dans le gouffre du temps et de l'oubli .

Cicéron est certainement le talent le plus facile et le plus élégant des temps anciens. L'éloquence imagée de l'orateur romain portait toujours ses coups et les sentiments qu'il maniait avec une si grande adresse parlaient trop au cœur pour ne pas laisser une impression profonde dans l'esprit de ses auditeurs. Aussi, on ne se lasse jamais d'admirer ses mouvements pathétiques, ses belles périodes où la logique le dispute à l'harmonie, et son Quansque taiidem restera pour attester la profonde et admirable véhémence du tribun romain.

Parlant de Cicéron, Lamartine s'exprime ainsi : « Poëte, philosophe, citoyen, magistrat, consul, administrateur de provinces, modérateur de la république, idole et victime du peuple, théologien, jurisconsulte, orateur suprême, honnête homme surtout, Cicéron eût, de plus, le rare bonheur d'employer tous ces dons divers tantôt à l'amélioration, au délassement et aux délices de son âme dans la solitude, tantôt au maniement du peuple, tantôt aux affaires publiques de sa patrie qui étaient alors les affaires de l'univers et d'appliquer ainsi ses dons, ses talents, son courage et ses vertus au bien de son pays, de l'humanité, et au culte de la Divinité, à mesure qu'il les perfectionnait pour lui-même ! »

Mais, plus de dix-huit cents ans sont passés sur ses œuvres et, cependant, elles brillent encore d'un éclat plus vif et plus jeune qu'aux jours de sa gloire primitive.

C'est qu'il est des noms qui ne s'effacent pas, des génies qui ne s'oublient jamais, des talents qu'on aime toujours, et des ouvrages auxquels, les âges ajoutent des lustres de beauté et la certitude de l'immortalité !

Le cachet de la gloire a marqué les œuvres de Cicéron de son sceau, et aussi longtemps qu'il restera un vestige de l'humanité sur la terre, aussi longtemps ses œuvres feront l'admiration de ces peuples qu'on ne distingue pas encore à l'horizon de l'Avenir, mais qui doivent se succéder sans interruption jusqu'à la fin du monde.

Le talent et le génie ont donné des palmes et des couronnes à Cicéron, et l'histoire qui garde le souvenir des hommes mimortels promet de graver son nom, sur ses pages, en caractères indélébiles, avec le burin des siècles !

Rodolphe Brunet.

(Spécialement écrit pour Le Recueil Littéraire) LE RETOUR

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