UNE CHASSE A L'OURS
C'ÉTAIT en août 18S5. J'étais allé, en compagnie de mon frère, passer un mois de vacances aux Laurentides, dans la pittoresque paroisse de Saint Calixte de Kilkenny. Oa se promettait de faire une ample moisson de truites (|ui foisonnent dans les nombreux petits lacs de cette chaîne de montagnes.
Munis d'une tente et de tous les ustensiles de pêche imaginables, j'avais emporté un vieux fusil à baguette, bon tout au plus à figurer dans la boutique de bric-a-brac, d'où je l'avais tiré moyennant la somme de 75 centins.
Confiant en la valeur de cette arme inoff'ensive, je savourais d'avance, le plaisir de voir culbuter tous les huardi des pays d'alentours. J'avais eu soin de me munir de balles, en prévision de la rencontre d'un ours ; mon oncle, habitant de cette partie des montagnes, m'avait raconté maints exploits de chasse contre ces bêtes féroces, d'où il s'était toujours tiré sans égratignure, car, le bonhomme, à l'apparition du redoutable plantigrade, avait soin de prendre ses jambes à son cou le plus lestement possible. La suite de ce récit vous prouvera (]ue j'avais profite des leçons du brave montagnard.
Après avoir procédé à notre installation, sur le bord d'Lin charmant petit lac, entouré par une ceinture d'épinet'es au feuillage sombre, nous travaillâmes a la confection d'un radeau pour nous permettre de pêcher au large.
Laissant mon compagnon s'extasier devant la taille respectable des truites qu'il arrachait des profondeurs du lac, je m'occupais de préparer une excursion de chasse pour le lendemain.
Je me levai à la pointe du jour, le visage enflé par les piqûres des inaringouins qui, ayant rarement l'occasion de goûter la chair humaine dans cette partie reculée de la forêt, s'étaient hâtés de profiter de cette aubaine. Je me glissai hors de la tente, à pas de loup, pour ne pas troubler le sommeil de mon frère qui dormait à poings fermés. Cnargeant mon fusil, j'y glisse une balle, car la veille, ma tante, en allant traire ses vaches a Teniree du petit bois, avait aperçu un ours d'une taille monstre, " quaerens quem devoret ".
Comme je voulais surprendre mon frère par la capture de l'ours, je n'eus garde de parler de mon projet. Après m'être assuré que la batterie de mon fusil fonctionnait bien, j'y ajustai une capsule et me dirigeai vers le lieu où, selon mes prévisions, je devais découvrir maure ^Martin. Quelle surprise pour mon compagnon, lorsque tout-à-l'heure, je reviendrais au camp, ma proie chargé sur la charrette de l'oncle Lézime ! Mon plan d'action éiait tracé à l'avance ; aussitôt la bête abattue, j'irais, à la hâte, prévenir le bonhomme, pour amener l'animal à l'aide de sa jument et faire notre entrée triomphale au bivouac. Je suivais un chemin de chantier qui menait au lac à la Faucille, dont les rives étaient couvertes de cerises et de framboises ; c'est là que devait se trouver Martin occupé de fesroyer avant de se retirer pour la journée.
Plongé dans mes réflexions, je ne m'aperçus pas (jue je faisais fausse route, car déjà j'avais dépassé le lac, étant sous l'impression (jue le che-
min en longeait les bords, tandis qu'il en était éloigné de cinq arpents. Soudain, à un détour du chemin, j'aperçois une bête curieuse, à peu prés de la grosseur d'un chat. Mon ardeur de Nemrod me fit oublier a l'instant que je chassais le gros gibier. J'épaule ma carabine et...
pan ! La fumée de mon coup de fusil ne s'était pas encore dissipée
que déjà j'entends un hurlement terrible, qui surpassait tout ce que j'avais imaginé jusqu'alors et j'aperçus une ourse énorme, léchant son petit que j'avais blessé. Je saisis ma poire à poudre pour recharger mon fusil, me rejetant en même temps derrière un arbre, lorsc^ue la mère me lança un coup d'œil si terrible, que déjà il me semblait entendre le craquement de mes os sous son étreinte formidable. Laissant échapper la })oire à poudre, je restai pendant un instant hébété, cloué sur place, incapable de faire un mouvement, fasciné par ce regard chargé d'éclairs sini.-tres. Enfin, l'instinct de la conservation me rappela qu'il n'était pas prudeat de rester plus longtemps dans le voisinage de cette mère, blessée dans ses affections, et, porté sur les ailes de la peur, je rebroussai chemin.
Amis lec.eiirs, avez-vous déjà été poursuivis par une bête féroce ? S: non, vous ne pouvez avoir idée de la rapidité avec laquelle je dévorais l'espace; m'imaginant dans ma terreur, entendre le galop de mon adversaire, tandis que ce n'était que l'écho de mes sauts, répété dans les taillis voisins.
Le retour au bivouac me parut d'une longueur interminable, fhifin, à travers une claiiière, j'aperçois la forme conique de notre tente. Piquant une têie dans l'ouverture qui servais de porte, je roulai pardessus mon frère qui réveillé en sursaut, me crut fou. Il me saisit le poignet et me secoua énergiquement : " — Qu'y a-t-il ? " " D'où viens-tu? " Trop essoufflé pour répondre, c'est à peine si, à travers mon oppression je pus balbutier : " Un ours ! "
À voir ma mine effarée, mon frère crut réellement que j'avais été l)ou;saivi par un de ces animaux ; ne trouvant pas mon fusil que j'avais jeté pour courir plus vite, il s'empare d'une hache qui avait servi à la construction de notre tente et sort à la recherche du terrible ennemi. Inutile de dire qu'il n'en vit aucune trace, car l'ourse, tout occupée à son pjiit, n'avait nullement songée à poursuivre le meurtrier.
Après cette aventure, je fus complètement guéri de mon ardeur pour la chasse, et, pendant les trois semaines que nous passâmes dans ces régions, on m'aurait donné les mines d'or du Pérou, que je ne me serais aventuré seul dans le bois. Je me contentais de tenir compagnie à mon frère dans le sport plus paisible de la pêche à la ligne.
Coteau du Lac. MlRKS.
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INCOHERENCES DECADENTES
Deux vieux mots que certains écrivains de nos jours emploient avec la certitude — prétention ridiculeusement absurde — d'en faire surgir des idées nouvelles.
Il y a trois distinctions à faire dans ces deux mots, isolément et collectivement, que je vais essayer d'esquisser en trois points. lo L'incohérence ; 20 la décadence et 30 l'incohérence décadente :
10 Qu'est-ce que l'incohérence ? Sans ouvrir aucun dictionnaire voire même académique, ce mot évoque dans mon imagination — fort imagée j'en conviens — l'idée vague d'une action faite en dehors des lois de la saine raison, — car il y a des raisons qui ne sont pas saines, tant s'en faut. — Notre faible humanité, par exemple, est souvent sujette à l'incohérence. En effet, dès le berceau, les premiers actes de l'enfant ne sont-ils pas essentiellement incohérents ? Puis plus tard quand cet enfant a grandi que d'actes irréfléchis ne lui fait pas commettre sa raison débile, mal dirigée, mal conseillée peut-être, mais enfin actes incohérents quand même ? Puis plus tdrd encore quand il est homme, de combien d'actions incohérentes n'est-il pas fautif, soit par un manque d'éducation, de réflexion ou par suite de grandes joies ou de grandes peines ? ou même encore par un simple effort de sa volonté. Incohérence ! incohérence, vous dis-je, à tous les âges de la vie.
20 Qu'est-ce que la décadence ? Encore sans le secours de dictionnaires, ce mot représente pour moi l'action accomplie sous l'effort d'une impulsion maladive causée par des excès provenant du boire, du manger, ou bien encore d'une trop grande somme de travail comme d'une trop grande paresseuse tranquillité ? aussi, par maladie ou vieillesse ? Décadence ! décadence, encore à tous les âges de la vie !
30 Qu'est-ce que l'incohérence décadente ? Voilà le hic ! Ces deux mots n'éveillent-ils pas péniblement dans l'esprit une action voulue, réfléchie, commise par un homme, qu'il soit écrivain ou journaliste, riche ou pauvre, potentat ou prolétaire, adonné à des mauvais instincts, esclave de ses passions, lisant de mauvais livres qui lui donnent les germes de révolte contre sa conscience, contre la Société, enfin contre la Religion dont il voudrait secouer le joug afin de n'être plus entravé dans l'accommplissement de ses mauvais désirs.
L'acte de cet homme n'est-il pas incohé7-ent décadent^ puisque pour sacrifier au goût du jour il faut accoupler ces deux mots qui ne hurlent pas trop de se trouver ensemble ?
L'incohérence décadente est la maladie de cette fin de siècle, elle a même envahi le domaine littéraire, si j'ose m'exprimer ainsi. Car en effet, où est la littérature dans ce fol assemblage de mots nouveaux, disparates, n'exprimant absohmient que des idées vides de sens. Et après tout le premier illettré venu peut toujours avec avantage rivaliser avec les écrivains de cette nouvelle et stupide école.
Je ne veux pas trop abuser de l'hospitalité écossaise du Recueil Littéraire, mais je ne puis résister au désir de finir ce bout d'article en termes incohérents afin d'en faire voir l'idioterie.
J'ose donc dire :
" Après tout si la devise d'un décadent n'était pas de " tout oser " cette méchante tartnie enfantée misérablement dans les craquements d'un cerveau délabré dont le mal équilibre lui donne apparamment un vacfue air monomanesque de douteuse folie, j'aurais eu la souleur de l'effroyable peur blême, au rictus sinistrement bête "
Pardon et au revoir.
Un Décadent.
CHOSES ET AUTRES
Nos remerciements à qui de droit pour l'envoi du spiendide numéro spécial du Gaulois de Los Angeles, édition du centenaire.
Nous l'avons parcouru avec plaisir et nous félicitons bien sincèrement les éditeurs de cette publication qui est remplie d'articles patriotiques, poésies, etc.
Ceux qui voudront se le procurer devront envoyer la somme de 50 centins à M. Charles Raskin, éditeur propriétaire, chambres 10 et 11, No II W, First street, Los Angeles, E. U.
Le National, de Plattsburg, E. U., vient d'entrer dans sa septième année d'existence. À cette occasion, nous lui offrons nos sincères félicitations.
L'Escrime Française, tel est le nom d'une nouvelle publication qui vient de paraître à Paris.
C'est une magnifique revue illustrée, format in-40 qui intéressera vivement tous les amateurs d'ici.
Ce journal, comme son titre d'ailleurs l'indique, est entièrement consacré à l'escrime et reproduit sur chaque numéro, les comptes-rendus des séances de toutes les salles d'armes de l'univers.
Nous engageons fortement tous les amateurs d'escrime au Canada de s'abonner au susdit journal.
Pour informations, s'adresser à J. N. Marcil, 1149 ^^""^ Saint Jacques, Montréal.
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