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LE CHANT

[Pour "Le Recueil Littéraire."]

Rien de plus naturel à l'homme que de chanter.

Le chant nous soulage dans nos travaux, nous désennuie souvent et nous donne même une nouvelle ferveur dans nos prières.

Il y a des chants pour tous les sentiments que l'homme peut éprouver, et de toutes ses actions, celle qui lui est la plus familière et à laquelle une volonté déterminée a souvent le moins de part, c'est le chant. On chante non seulement de dessein prémédité, mais aussi instinctivement, sans idée fixe, sans articuler de mots, par distraction, pour dissiper l'ennui, pour adoucir les fatigues, pour se rassurer contre la crainte.

Partout, dans toutes les occasions, on chante. Pourquoi ? Parce que le chant repose l'esprit, qu'il nous rend gai, joyeux, si nous avons éprouvé des peines, des contrariétés, le chant les partage. Le chant est notre ami, il entre en nous et nous comprend.

Une armée remporte une victoire, on ne trouve rien de plus beau, de plus grand, de plus expressif que d'entonner un chant pour annoncer et célébrer cette victoire, ce chant est la gloire du soldat.

Pour adorer notre Dieu, pour lui offrir nos hommages, pour lui demander ses grâces, l'Église a adopter le chant, elle célèbre ses ofifices par le chant.

En effet, quoi de plus imposant que d'entendre dans un temple, ces flots d'harmonie qui s'élèvent majestueusement vers le ciel ! L'éloquence peut-elle attendrir le cœur et le porter à la prière comme le chant ? Oh non, et l'Église dans sa sagesse l'a reconnue.

Le chant est de tous les temps, de tous les peuples.

Chantons ! chantons ! que toujours la note gaie résonne dans le sein de la famille ; chantons pour maintenir la joie dans nos foyers ; chanpour notre pays; chantons pour notre religion et chantons i)our notre Dieu !

Raoul T.

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LES EPLUCHETTES

Nos cultivateurs ont souvent le secret de joindre l'utile à l'agréable; assistez à leurs épluciuitcs de blé d'inde, à l'automne, et vous m'en direz des nouvelles.

Les épluchcttcs sont synonymes de " réjouissances ". Ce sont des veillées où, tout en s'amusant le mieux possible, on fait surgir tout autour de soi des monceaux de feuilles de blé-d'inde et des pyramides de blancs épis.

Ces veillées se succèdent suivant un programme aussi attrayant que varié : " lundi, épliicheite chez José, avec rondes, menuets et rigodons ; mardi, eplnchette chez Baptiste, avec chansons comiques, jeux, récits de revenants ou de loups-garous, etc. " et ainsi de suite, tant qu'il y a des épis de blé-d'inde à effeuiller dans les diverses maisonnettes du canton.

Fait extraordinaire, ce programme n'a jamais vu le jour dans les colonnes d'un journal. Il suffit de le répéter de vive voix, de voisin à voisin, et personne ne manque à l'appel.

On s'explique assez facilement cet empressement général par le fait qu'au cours des épluchettes. chaque âge rencontre son amusement favori : les vieux racontent ou jouent aux cartes, les jeunes dansent au son des violons ou chantent avec accompagnement des accordéons et des concertinas, quant aux amoureux — ils sont toujours les mêmes partout — ils font danser les feuilles de leur blé-dinde de manière à pouvoir conter fleurette à Françoise ou à Catherine, et l'un d'eux vient-il à découvrir, par hasard, un épi aux grains rouges, aussitôt il est auprès de sa belle, faisant la révérence et fredonnant :

Ma chère Joséphine,

Allons gué, Ma chère Joséphine, Ne soyez pas fâchée,

Ma luron lurette, Ne soyez pas fâchée,

Ma luron luré.

Si pour ce blé-d'indé,

Allons gué, Si pour ce blé-d'indé, Je demande un baiser,

Ma luron lurette.

Je demande un baiser,

Ma luron luré !...

Joséphine est-elle un peu superstitieuse, l'échange a lieu, séance tenante, aux applaudissements de tous, et le jeune Baptiste, tout fier de son exploit, se remet à l'œuvre avec une nouvelle ardeur, prêt à recommencer le refrain si l'occasion s'en présente encore.

En un mot, on se dirait en plein carnaval, avec cette différence cependant, qu'aux épluchcttcs on no se rompt pas les côtes en pure perte en glissant sur des montagnes russes, mais on savoure avec délices Jes fines reparties de la bonne vieille gaieté gauloise et l'on se quitte avec la satisfaction d'avoir contribué à apprêter un produit très apprécié dans l'économie domestique.

Chs m. Duch.^rme.

Feuilleton du RECUEIL LITTERAIRE.

Julie DElrNESTRANGES^'^

PAR ALFRED DES ESSARTS

No 8

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