‹ Le Recueil littéraireChapitre 56 sur 82 · LA PATRIE I · texte numérisé non relu

LA PATRIE I

À ce nom béni, la Patrie ! toute âme humaine tressaille de joie, d'espérance et d'amour.

La Patrie, c'est pour l'homme le ciel qui l'a vu naître, l'air qu'il respire, le sol où dorment les cendres de ses pères,

La Patrie, c'est nos institutions civiles et religieuses.

La Patrie, ce sont les lambeaux de ce vieux drapeau arboré par nos aïeux, à genoux, rougis dans leur sang, et dont les plis glorieux redisent à tous les fils du Canada la noblesse de leur origine et la grandeur de leur destinée.

La Patrie, c'est cette terre toute imprégnée du sang des héros et des martyrs.

L'abbè Caisse.

CHOSES ET AUTRES

Nos félicitations et nos souhaits de succès au Moniteur Acadien qui vient d'entrer dans sa vingt-troisième année d'existence.

Union St Joseph de Saint Henri. — Il nous fait i)laisir de constater que cette société est composée actuellement de 426 membres. Maintenant, les membres ont droit aux bénéfices aussitôt après leur réception.

Nous nous faisons un devoir d'inviter nos lecteurs à se joindre à cette belle société de bienfaisance, qui progresse si rapidement.

On peut se procurer Le Recueil Littéraire au Kiosque, Place Jacques Cartier, chez Dlle E. Bélanger, 1867 rue Ste Catherine, chez N. Fletcher, 146 rue St Laurent, Montréal, et chez F. Béland, 264 rue St Jean, Québec.

AVIS. — M. Ferdinand Goyette n'est pas autorisé à collecter en notre nom.

1er AOUT 1889

CHRONIQUE

Le vent est décidément à la musique et les dilettanti sont en liesse.

— Ils jubilent surtout depuis la récente arrivée de cette myriade d'étoiles artistiques que la renommée avait précédées au milieu de nous.

— Aussi le parc Sohmer est-il la question brûlante d'actualité ? Tout le monde veut y aller et finalement chacun aime à se payer le luxe d'une visite dans la vaste enceinte. — Le riche et le pauvre, le vieillard et l'adolescent s'y coudoi.uit ; l'humble habit de l'artisan y frôle le frac professionnel ; la toilette tapageuse, ébouriffante, la mise plus simple, plus modeste... Ceci est de bon aloi et prouve que le Canadien possède, lui aussi, le goût de l'harmonie, l'intuition du grand et du beau.

— Il nous est donné si rarement, d'ailleurs, d'entendre des artistes de la taille des Liberati, des Xhrouet !

Malgré mon immense désir d'écouter ces princes de l'art musical, un concours malheureux de circonstances m'a retenue chez moi et force m'a été de rengainer et désirs et projets... Votre collaboratrice est trop amateur de belle et bonne musique (et peut-être trop fille d'Eve) pour laisser échapper l'occasion d'être témoin auriculaire des savantes improvisations de ces virtuoses célèbres I Aussi aurai-je le plaisir de vous confier un tout petit péché de curiosité à la prochaine causerie. —

Voici qu'à l'instar des maestro éminents dont j'ai parlé plus haut, il se rencontre dans notre ville une autre pléiade d'étoiles — une nébuleuse celle-là — dont les six ou sept membres ronflant à qui mieux mieux dans l'embouchure du cornet voire même du trombone, visent à un seul point, faire concurrence aux pianos de barbarie !... Si j'en juge par la marche populaire du Général Boulanger et une valse qu'ils font résonner depuis un quart d'heure sous ma fenêtre, je conclus que ces ménestrels ambulants n'ont pas, ma foi, un répertoire des plus fournis 1

Et cependant, la monnaie s'entasse au fond du gousset, jusqu'à ma voisine célibataire et nonagénaire qui tient à doter le fameux cercle... Hélas ! Hélas ! — Je ne comprends pas qu'on puisse s'éprendre de tant de sympathie pour ces musiciens de bas-étage 1

Autre temps, autres mœurs.

Un mot seulement à l'adresse du confrère et rédacteur. — Je vous dirai tout bonnement, gentil confrère, que votre article m'a prise par .surprise. J'y ai lu des choses étonnantes, incroyables, invraisemblables ! J'avouerai bien que je m'attendais à quelques lignes aimables, mais je n'étais guère préparée à une esquisse aussi élogieuse de votre part ; je savais que votre galanterie à l'égard des demoiselles ne laisserait passer l'occasion de leur murmurer qu'elles sont charmantes ; mais d'un

autre côté, jamais Gilberte eut espéré que sa mauvaise prose put faire augurer autant de sa personne. —

J'admire et je comprends votre désir de vouloir plaire à la gente féminine ; seulement ne me supposez pas l'ambitieuse idée de me gagner les lecteurs. — 1-a collaboration ainsi pensée deviendrait, pour le moment, une joute littéraire, dans laquelle, nous nous Iducerions dans d'ardentes polémiques et tel n'est pas mon dessein... Pas très flatteur, en effet, ce méchant lecteur qui croit mon existence une pure fiction. Serais-je par hasard dans l'esprit de quelqu'un une simple figure mythologique ?... Permettez-moi de vous assurer du contraire et, pour s'écouler dans l'ombre et l'obscurité, ma vie n'en est pas moins une réalité.

Si la France s'honore de Mdes de Sévigné, de Staël, etc., je ne comprends pas pourquoi le Canada ne s'enorgueillirait pas de Mde Leprohon, des DUes Laure Conan, Éléda Gonneville, dont les œuvres mao-nifiques ornent plus d'une bibliothèque dans notre pays et a l'étranger? Donc, comme le disait à juste titre le spirituel rédacteur du Recueil Littéraire, jjuisque la Canadienne possède les grâces de la Française, pourquoi n'en aurait-elle pas l'érudition ? Je n'y vois aucun obstacle et vous non plus j'allais dire.

Je termine cette èlucubration tant soit peu fantaisiste par un trait piquant cueilli dans une vieille relique littéraire de 1845. — ^e n'est pas jeune il est vrai mais le fait se rencontre encore de nos jours. Je

cite :

" Quoiqu'il n'y ait point, à proprement parle, dit le journal en question, de synonymes en français, il y a cependant entre certains mots des nuances si peu sensibles et si diftîciles à saisir qu'un étranger est souvent tente de prendre l'un pour l'autre. Ceci donne lieu à des erreurs inséparables de l'étude d'une langue et forme quelquefois un sens assez plaisant, témoin la lettre suivante. —

Lettre d'un Anglais i,)ui apprend le français à Paris

" Comme j'ai fait le jurement {ser//ie/ii) de toujours parler le français tant que je ne saurais pas ce langage {cette langue), ne trouvez pas méchant {mauvais), mon ami, que je m'en serve pour vous dire ce qui m'est arrivé sur le chemin {en route).

" J'ai d'abord percé (traversé) la Belgique, où j'ai eu un dissemblable {aifférend) avec le commis des impôts de côté {indirects)] mais ce n'est rien en similitude {comparaison) de ce qui m'est arrivé en entrant en France ;à propos de quelques tonnes {livres) de tabac, j'ai dû payer le noyau {r amende). Il est vrai que j'y avais été pris du temps des droits rassemblés {réunis).

" Il ne nous est rien abordé {arrivé) ensuite, si ce n'est qu'en sortant d'une poitrine {gorge) de montagne, un troupeau de bouilli {bœufs) a effrayé nos imbéciles {animaux) qui ont pris le défunt {mors) aux dents. — Heureusement nous n'avons pas répandu {versé).

" Je me satisfais {plais) beaucoup à Paris. — J'ai déjà vu le Luxembourg, NtDtre-Femme {Notre-Dame), le théâtre de la Joie {de la Gaité), le Louvre, l'Opéra et autres tombeaux {monuments). À cinq heures, je

vais chez le réparateur [i- est aurai eut-) et souvent ensuite aux Diversités ( Variétés), où je ris comme un insensé {jm fou).

" Je me peins {figure) que vous serez bien étonné de mes avancements {progrès) dans le français, quand vous saurez que je l'ai enseigné {appris) tout solitaire {seul) sans ouvrir une seule fois ma grand'maman {grammaire) . "

Sur ce, au revoir.

GiLBERTE.

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